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En Angleterre, le scandale des rejets d’eaux usées en mer


Londres (Angleterre), correspondance

Les plages de Bexhill et de Norman’s Bay, dans le sud de l’Angleterre, ont des airs de cartes postales. Destinations privilégiées des Britanniques pendant les vacances d’été, la mer y est bordée par de gros grains de sable et de petits cabanons en bois. Mais, depuis des décennies, ces paysages idylliques sont aussi au cœur d’un scandale environnemental et sanitaire. C’est ici, à même la Manche, ainsi que dans la mer du Nord et les rivières britanniques, que les compagnies des eaux du pays déversent illégalement leur surplus d’eaux usées non traitées. Des évacuations à l’odeur nauséabonde, dont les conséquences sont potentiellement « dévastatrices pour la santé humaine, la biodiversité locale et l’environnement », d’après l’Agence pour l’environnement. Une situation « inacceptable », selon les résidents des lieux concernés, qui a atteint son apogée le 17 août.

Ce jour-là, vers 11 heures sur la plage de Bexhill, les badauds assistent, abasourdis, au rejet d’une considérable quantité d’eau grise et puante en provenance de l’une des stations d’épuration de Southern Water, entreprise privée chargée de traiter les eaux usées dans la région de l’Essex. Dans la foulée, deux plages sont fermées, et des avertissements liés au risque de pollution sont mis en place dans une cinquantaine de lieux de baignade le long des côtes anglaises et galloises. La raison : les « fortes pluies » de la veille ayant entraîné un « incident technique important », s’est excusé un porte-parole de l’entreprise privée, en rappelant que la protection de la planète était leur « priorité ».

En cas de météo orageuse, les compagnies des eaux sont autorisées à rejeter l’eau de pluie, mais aussi une petite quantité d’eaux usées non traitées directement dans les rivières et la mer, afin d’empêcher les déchets de refluer dans les villes. Ce qui arrive très souvent, le système d’égouts britanniques, encore en grande partie victorien, étant incapable de résister aux fortes pluies.

Néanmoins, cette permission est aujourd’hui utilisée de « manière excessive », critiquent les écologistes, qui plaident pour l’installation de nouvelles infrastructures, comme des réservoirs de stockage dans les stations d’épuration. En effet, plus de 400 000 « débordements » d’eaux usées ont eu lieu dans les eaux anglaises en 2020, contre 293 000 en 2019, selon l’Agence pour l’environnement.

« Vandalisme environnemental »

L’an dernier, Southern Water, responsable de plus de 6 000 rejets d’eaux usées non autorisés entre 2010 et 2015, a elle-même été condamnée à une amende de 90 millions de livres (105,9 millions d’euros) pour pollution généralisée. De plus, selon le parti des libéraux démocrates, près d’un quart des énormes tuyaux d’évacuation ne seraient pas — ou pas correctement — contrôlés. « Les gens nagent littéralement dans la merde sans s’en rendre compte » s’est énervée le 22 août sur Twitter la députée écologiste Caroline Lucas.

Le 17 août a donc ravivé la colère de nombreuses associations écolos, qui comparent ces déversements d’eaux usées à du « vandalisme environnemental ». « Nous voulons des réglementations plus strictes et que le gouvernement sévisse plus durement contre l’Autorité de régulation des services d’eau, a réclamé Amanda Jobson, présidente de l’organisation Clean Water Action, lors d’une manifestation organisée ce week-end à St Leonards-on-Sea, ville balnéaire située tout près de Bexhill. Les résultats de Southern Water de ces cinq dernières années sont épouvantables. Les gens tombent malades, y compris les enfants et les personnes âgées. Nous ne tolérerons ni n’accepterons cela, ça suffit ! »

« La Manche et la mer du Nord ne sont pas des dépotoirs ! »

Parallèlement, le sujet alimente encore un peu plus les tensions entre Londres et Paris sur fond de Brexit. « On ne peut pas tolérer que l’environnement, l’activité économique de nos pêcheurs et la santé des citoyens soient gravement mis en danger par les négligences répétées du Royaume-Uni. La Manche et la mer du Nord ne sont pas des dépotoirs ! » a notamment condamné la parlementaire européenne Stéphanie Yon-Courtin dans un communiqué la semaine dernière. Ajoutant que, depuis sa sortie de l’Union européenne, le Royaume-Uni semble s’être « exonéré de ses exigences environnementales en matière de qualité des eaux ».

Sous pression, le gouvernement britannique, accusé de ne rien faire pour régler la situation, devrait annoncer un plan de 56 milliards de livres (65,9 milliards d’euros) d’investissements sur vingt-cinq ans pour améliorer le réseau des égouts et une expansion massive de la surveillance des rejets des eaux non traitées dans les mers et les rivières. « Les compagnies des eaux devront aussi investir pour mettre fin » à ces pratiques « afin que nos rivières et nos côtes soient mieux protégées », a finalement exigé le ministre de l’Environnement George Eustice, le 26 août.

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