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Ruineux mariages au Tadjikistan, par Juliette Cleuziou & Isabelle Ohayon (Le Monde diplomatique, août 2017)

ByVeritatis

Août 30, 2022


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Dans la cour d’une maison au cœur de Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, des dizaines de tables débordent de hors-d’œuvre, de fruits, de galettes de pain joufflues et de sodas fluorescents. Ce samedi, à 7 heures du matin, sous le soleil déjà fort, les invités arrivent pour déguster le plov — traditionnel plat de riz pilaf, d’oignons, de carottes et de viande cuits à l’étouffée — offert par les parents de Kovous, le jeune marié. Coiffés de leur calotte noire brodée d’arabesques blanches, les hommes du voisinage font honneur à ce repas matinal.

La veille, Kovous s’est rendu chez sa fiancée, où un mollah a scellé leur union. Aujourd’hui, il doit aller la chercher, accompagné de sa famille et de ses amis, et la ramener chez ses propres parents. Mercedes et limousines blanches louées pour l’occasion escortent le couple jusqu’au bureau d’enregistrement civil des mariages, puis au parc botanique de la ville. Une promenade romantique, sous l’objectif des appareils photographiques et des smartphones, se déroule alors à l’ombre des platanes, dans un décor de sculptures en plastique en forme de cœurs rouges ou de tours Eiffel. Non loin, de grandes lettres blanches composent le mot love.

Kovous conduit ensuite son épouse dans la maison parentale pour la grande fête qui clôt ce parcours consacré. Plus de deux cents personnes sont conviées : parents, amis, collègues, tous ceux dont la présence honore la famille du jeune homme. Un chanteur joue les maîtres de cérémonie et introduit musiciens et danseurs. La fête dure jusqu’à la nuit, attirant voisins et enfants du quartier, qui viennent profiter des réjouissances. Au fond de la cour, les cadeaux et les balluchons de nourriture offerts s’empilent à la vue de tous.

Cette prodigalité s’étend bien au-delà de cette seule journée : dix-sept étapes cérémonielles ponctuent le cycle des épousailles, qui se termine avec la naissance du premier enfant. La famille de Kovous, dont les revenus mensuels ne dépassent pas 400 dollars (350 euros), aura en (…)

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