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En Allemagne, le retour du charbon « inévitable » selon Greenpeace


31 août 2022 à 15h07,
Mis à jour le 31 août 2022 à 18h46

Durée de lecture : 3 minutes

Énergie

Berlin (Allemagne), correspondance

La réouverture de centrales à charbon Outre-Rhin est « amère, mais inévitable », considère l’ONG Greenpeace Allemagne. Une prise de position qui peut surprendre, alors que l’organisation écologiste est réputée pour son combat contre les énergies fossiles. Dans une interview qui n’est pas passée inaperçue, publiée le 29 août, l’expert en énergie de l’organisation, Karsten Smid, la justifie par la nécessité de « s’affranchir de la dépendance aux livraisons de gaz » en provenance de Russie.

Face à la polémique, Greenpeace France a assuré dans un communiqué qu’il ne s’agit « ni d’un soutien, ni d’un blanc-seing [aux centrales à charbon]. Greenpeace a toujours été et reste opposée aux énergies fossiles ». Arrêter de financer le régime de Poutine impose des « choix cornéliens, en raison du manque d’anticipation de différents gouvernements européens » poursuit l’ONG.

Depuis mi-juillet, un décret du gouvernement fédéral autorise les exploitants de centrales à charbon placées dans la « réserve de réseau » à produire. Deux sites alimentés en houille ont ainsi été reconnectés au réseau d’électricité allemand : la centrale de Mehrum, propriété du groupe tchèque EPH, et la centrale Heyden 4, détenue par Uniper. En Sarre, près de la frontière française, la compagnie Steag prévoit la remise en route des centrales de Quierschied et Bexbach, fermées depuis cinq ans, d’ici le 1er novembre.

Pallier les défaillances du parc nucléaire français

En réactivant les centrales à charbon, Berlin entend faire baisser la production d’électricité à partir de gaz et ainsi économiser, en vue de la saison froide, une énergie indispensable à l’industrie allemande et à la moitié des foyers pour se chauffer. Il s’agit également de pallier en partie les défaillances du parc nucléaire français : d’ordinaire exportatrice d’électricité, la France importe désormais massivement du courant produit par ses voisins. Depuis le début de l’année, l’Allemagne a déjà exporté près de 5 000 gigawatts-heure vers la France, contre un peu plus de 2 000 gigawatts-heure en moyenne par an de 2016 à 2020.

La stratégie de la coalition au pouvoir (composée des sociaux-démocrates du SPD, des écologistes et des libéraux-démocrates) a le soutien de l’opinion publique. Tout comme Greenpeace Allemagne, 56 % des Allemands sont favorables à un recours accru au charbon, selon un sondage ARD-DeutschlandTrend réalisé fin juin. Toutefois, 36 % s’y opposent, ainsi qu’une autre organisation écologiste influente, Fridays for Future Germany. Le mouvement de jeunes militants pour le climat prévoit de manifester le 23 septembre prochain contre la politique énergétique du gouvernement.

Un programme de sobriété énergétique pour diminuer de 20 % la consommation

L’autorisation de rouvrir les centrales à charbon n’est que « temporaire », assure le ministre allemand de l’Économie et du Climat Robert Habeck, et doit prendre fin en avril 2023. Le Vert promet que la sortie du charbon d’ici 2030 est maintenue. Mais comment compenser les émissions de CO2 supplémentaires générées par la mesure ? Un programme de sobriété énergétique, qui entre en vigueur le 1er septembre, doit permettre de diminuer de 20 % la consommation des entreprises, des administrations publiques et des particuliers.

L’option d’une prolongation des trois dernières centrales nucléaires du pays, pour produire de l’électricité bas carbone jusqu’au printemps 2023, est également sur la table. « Ce n’est pas la solution », juge Greenpeace Allemagne, qui milite pour un programme de sobriété plus ambitieux et un développement plus rapide de l’éolien et du photovoltaïque. Au premier trimestre 2022, le charbon représentait 31,5 % de la production d’électricité Outre-Rhin, le gaz 13 %, le nucléaire 6 % et les énergies renouvelables 47,1 %, selon l’Office fédérale des statistiques.

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