Il est génial, Erdogan. Cynique mais génial. Avec Poutine et quelques rares autres dirigeants mondiaux, il fait partie de ceux qui ont une lecture claire de ce qu’est ce monde occidental dont il est l’accidentel allié via l’OTAN. Pendant des années, l’image de Erdogan a été façonnée en Occident de manière à en faire un véritable punchingball médiatique, la parfaite caricature du méchant que l’on aimerait détester et sur laquelle n’importe qui pouvait cracher pour montrer à ses amis à quel point il était du bon côté de la bien-pensance. Il faut dire que, avec la Syrie, Erdogan a énormément aidé à façonner cette image plus que négative.

L’intervention turque dans le nord de l’Irak, en parallèle avec ce qui se passe en Ukraine, n’est certainement pas un hasard. Peut-on parler de la vengeance de Erdogan ? Il connait par cœur les rouages et le fonctionnement du système pour lequel roulent ses collègues occidentaux. À force de les fréquenter, il a fini par comprendre qu’il ne sera jamais un des leurs. L’intervention de la Russie en Ukraine s’est présentée comme une occasion en or pour, d’une part, régler le problème du PKK qui trainait depuis des années en intervenant directement, physiquement et impunément sur le territoire irakien comme le font les Russes en Ukraine, et, d’autre part, donner un grand coup de pied au derrière des dirigeants européens dont il a ressenti le mépris durant ses presque deux décennies de pouvoir.

En faisant exactement ce que font les Russes en Ukraine, il sait qu’il ne risque absolument rien, car l’Occident a besoin de lui en tant que membre important de l’OTAN. Tous les discours sur les sanctions, embargos, bannissement, etc. deviennent alors des foutaises, du vent. Les dirigeants du monde occidental n’en apparaissent que plus vils, faux et ridicules aux yeux du monde entier quand ils brandissent leur droitdelhommisme, leur humanitarisme, et tous leurs blablas sur la justice. Toutes les raisons évoquées par l’Occident pour déclarer la guerre à la Russie apparaissent pour ce qu’elles sont : un prétexte pour l’abattre.

Il doit bien se marrer en ce moment, Erdogan. RI

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On vit une époque intéressante

Avant-dernière nouvelle, la Turquie a lancé hier une opération militaire spéciale en Irak. Elle assure que cette invasion ne vise aucunement une occupation durable, mais seulement la neutralisation et le désarmement de ses ennemis (civils d’ailleurs), à moins que ce soit des ennemis des Turcomans locaux. Demain on apprendra sans aucun doute la saisie de tous les fonds souverains et des réserves de change turcs à l’étranger, l’interdiction de l’usage du système Swift par les banques turques, l’expulsion de dizaines de diplomates turcs, l’interdiction des médias d’information turcs, le blocus physique par interdiction des avions, navires et camions turcs dans le monde entier à commencer par les voisins de la Turquie, l’interdiction aux moyens de transport du reste du monde de desservir ce pays, le boycott de toutes les exportations turques sauf le pétrole volé en Syrie, l’expulsion des sportifs turcs de toutes les compétitions sportives dans le monde sauf quelques rares cas sous condition d’abandon de nationalité et de déclaration publique de défection, et la confiscation sans jugement des biens de tous les citoyens et entreprises turcs dans l’espace atlantico-uniopéen.

Le président turc sera grossièrement insulté par des chefs d’État, l’armée turque sera massivement calomniée par les trois agences de presse monopolistiques et les anciens alliés de la Turquie enverront des milliards de dollars d’armement au gouvernement irakien, tout en déployant des troupes dans tous les pays voisins. Les banques étrangères dépositaires de fonds souverains turcs se verront interdire de procéder aux paiements des intérêts de la dette turque, en dépit des ordres de virement du gouvernement turc. La Turquie sera éjectée de l’OTAN, les États-Unis suborneront des gouvernements vénaux pour la faire exclure du G20, sa délégation au Conseil de l’Europe sera privée de l’exercice de ses droits, et le blocus aérien empêchera le ministre des affaires étrangères turc de se rendre aux sessions de l’ONU à New-York et à Genève.

À Bruxelles on changera le nom des anciennes toilettes sans siège et du café bouilli avec le marc, en Bosnie on bannira l’empalement. L’ex-république yougoslave de Macédoine et nouvellement du Nord sera poussée à revendiquer la Thrace orientale, la Grèce et la Bulgarie obtiendront des États-Unis la promesse de la libération de Constantinople, l’Arménie accueillera les plus grandes manœuvres de débarquement défensif jamais vues dans un pays sans accès à la mer, l’Irak et l’Adjarie recevront l’assurance d’une adhésion accélérée à l’OTAN.

On vit une époque décidément intéressante.

Dernière nouvelle, les États-Unis d’Amérique envisagent d’envoyer et déployer leurs forces armées dans l’autoproclamée république séparatiste non reconnue de Taïwan (Formose) en sécession armée, et la Chine envisage de saisir l’ONU d’une menace grave à la paix et de l’imminence d’une invasion d’une partie de son territoire (Bruxelles renommera-t-elle le quart d’heure d’inversion des rôles ?)…

On vit vraiment une époque fort intéressante.



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