Hier, L214 portait plainte à l’encontre de Denkavit pour sévices graves et mauvais traitements. Aujourd’hui, l’association de protection des animaux dévoile au public les images de sa dernière enquête de terrain : coups de poing et de bâton, projection au sol, insultes, isolement et maladies… Voilà de quoi est composé le quotidien des 300 veaux du Centre de recherche et d’innovation de l’entreprise agroalimentaire, située à Montreuil-Bellay, en Pays de la Loire. Alors que la France se plaçait en 2018 comme deuxième producteur de veaux à l’échelle mondiale avec 1 268 000 jeunes bovins nés chaque année, la réalité des élevages français s’avère parfois bien loin des images bucoliques et attendrissantes vendues par les publicités.

Selon les chiffres de FranceAgriMer, plus d’1,2 millions de veaux ont été élevés pour leur viande en France en 2018. Ces données classe le pays comme deuxième producteur de jeunes bovins mais aussi premier consommateur de viande de veau à l’échelle mondiale. Elevés jusqu’à 5 à 6 mois en France, parfois 8 mois dans d’autres pays européens, le veau de boucherie est majoritairement issu des élevages laitiers, avec 55% des veaux nés de vaches laitières.

9 veaux de boucherie sur 10 ne sont pas nourris par leur mère

Si ces chiffres peuvent surprendre, ils n’ont pourtant rien d’étonnant : pour produire du lait en quantité destiné à la consommation humaine, les vaches doivent donner naissance à un veau chaque année. Voilà pourquoi tant de jeunes bovins remplissent les exploitations agricoles françaises. Considérés dès lors comme des « sous-produits » de la production de lait et donc de faible valeur marchande, les veaux sont engraissés rapidement avant d’être envoyés à la boucherie.

Alors que moins de 10% des veaux français sont élevés « sous la mère », c’est-à-dire placés aux côtés de leur génitrice jusqu’au sevrage naturel, le reste de la production a grandi dans des ateliers dit spécialisés. Présent dans l’ensemble du territoire national, ce type d’élevage a tout de même une forte prédominance historique dans les bassins laitiers de l’ouest, notamment en Normandie, en Bretagne et en Pays de Loire.

Denkavit, acteur mondial de la nutrition animale et de la production de viande de veau

C’est précisément à cet endroit que se situe l’entreprise agroalimentaire Denkavit, numéro 2 du veau en France. Cette société néerlandaise produit des aliments spécifiques pour jeunes animaux d’élevage et travaille avec 650 éleveurs français intégrés, soit sous contrat avec la firme. Avec des filiales au Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne et aux Etats Unis, le Groupe Denkavit fournit des produits dans plus de 60 pays à travers le monde.

Les veaux ont un besoin crucial d’interactions avec leurs congénères. Crédits : L214

Grâce à ces deux centres de recherche et d’innovation, l’entreprise promet aux agriculteurs des aliments « qui répondent aux besoins des animaux et aux objectifs des éleveurs » mais aussi « une expertise acquise par notre savoir-faire et nos recherches constantes, portées par nos experts spécialistes des jeunes ruminants pour optimiser les performances et la rentabilité des élevages Français », peut-on lire sur le site internet. La firme d’origine néerlandaise explique ainsi avoir dédié son centre de recherche situé en France à la réalisation d’études sur « la nutrition ainsi que le logement, le matériel et le bien-être des animaux ».

« Bien fait pour ta gueule »

C’est pourtant dans ce centre que des images de maltraitances ont été rapporté par L214. L’association de protection animale dévoile dans une nouvelle enquête plusieurs vidéos tournées dans le centre de recherche. Entre projections, coups de poing, de pied, de bâton et injures, les employés s’y montrent extrêmement violents avec les jeunes veaux âgés de moins de 8 semaines. Les conditions d’élevage des ruminants sont également saisissantes : les veaux sont enfermés dans de minuscules cage au sol bétonné sans litière ni eau à disposition, nourris et abreuvés 2 fois par jour. Une fois un peu plus âgés, ils sont ensuite placés en groupes, toujours dans ces bâtiments, jusqu’à leur abattage vers 6 mois.

Un employé maltraite un jeune veau. – Extrait de la vidéo d’enquête publiée par L214

Certains animaux présentent également des symptômes de pathologies respiratoires et digestives tels que de la fièvre, des écoulements nasaux, de la diarrhée ou de la toux. D’autres souffrent quant à eux d’otite ou de méningite. Pour lutter contre ces infections liées à la fragilité des jeunes animaux et à leurs conditions d’élevage, les employés de Denkavit leur administrent des doses régulières d’antibiotique. L’association a ainsi relevé sur place plus de 7 antibiotiques différents, dont 3 appartenant à 2 familles classées par l’OMS en priorité majeure dans le cadre de la surveillance des résistances aux antibiotiques.

Sanctionner et protéger, demandent les associations de protection animale

Pour Sébastien Arsac, cofondateur de L214 : « Ces images de violences révoltent et indignent. Ces actes condamnables sont le fruit d’un système d’élevage qui optimise à tout prix sa production sans considérer la sensibilité des animaux ». L’organisation de protection des animaux porte plainte auprès du procureur du tribunal judiciaire de Saumur pour sévices graves et mauvais traitements. Elle lance également une pétition sur son site internet dédié afin d’exiger des sanctions immédiates de la part des autorités.

Les veaux sont élevés en cage dans la grande majorité des élevages jusqu’à l’âge de 8 semaines. – Crédits : L214

D’autres associations avaient également alerté l’opinion publique sur les élevages de veaux en Europe, encore mal encadrés par les législations européennes et nationales. C’était notamment le cas de l’ONG Compassion in World Farming (CIWF), qui avait diffusé en été 2019 des images tournées dans plusieurs élevages européens de jeunes veaux rangés dans des boxs individuels, tels des igloos de plastique blanc.

Si une directive européenne de 2008 a permis de faire quelque peu évoluer l’environnement des veaux d’élevage vers une meilleure prise en compte des besoins de l’espèce, le cadre législatif existant ne reste pas suffisant pour les associations de protection animale, qui militent entre autre pour l’interdiction de la claustration des veaux âgés de moins de 8 semaines. « Nous souhaitons une interdiction progressive des cages, actée avec des objectifs calendaires et que les éleveurs soient accompagnés dans la transition vers des élevages alternatifs », plaidait ainsi la directrice de CIWF France dans les colonnes du Monde.

 

 

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