Jamais probablement l’offre électorale à destination de l’électeur de droite n’aura été autant abondante que pour le prochain scrutin présidentiel. C’est l’effet de l’offre par rapport à une demande des électeurs français qui penchent majoritairement à droite. De Marine Le Pen (M.LP) à Emmanuel Macron (E.M), en passant par Éric Zemmour (E.Z), Nicolas Dupont-Aignan (N.D.A), et Valérie Pécresse (V.P), avec une partie du report de voix qui viendra de la gauche populaire au second tour, c’est une majorité de droite qui s’exprimera. Et pourtant, sauf surprise, E.M devrait rafler la mise et poursuivre sa politique qui n’avantage ni la classe moyenne ni les classes populaires. Il faut certes voir là une conséquence de la disparition des grands partis traditionnels, comme l’effet d’un système électoral très imparfait. Mais pour l’électeur de droite, quel est le choix ?

La France à droite

On a dit que la France est un pays de gauche qui vote à droite. Jolie formule qui traduit un certain mépris pour l’intelligence de l’électeur moyen, mais n’est pas absolument fausse. Et si l’on pense que l’électorat est idiot, alors oui, il se ferait berner depuis des lustres puisqu’on ne voit comment un peuple peut voter le plus souvent pour des hommes qui feront une politique de droite alors qu’il veut des mesures de gauche. Ainsi les Français ont accepté la Troisième République qui, à part l’épisode du Front Populaire, a été dirigée par des libéraux lesquels ont accompagné un essor économique exceptionnel via l’exploitation d’un salariat pauvre, notamment dans l’industrie.

Il est cependant vrai que les mêmes Français semblent adopter un grand nombre d’idées situées à gauche ; l’égalité, le substrat idéologique de la Révolution Française, la transparence, la solidarité, la laïcité, tout ce qui est social, etc. Le « salaire » d’un grand patron choque, mais pas les gains fabuleux des footballeurs. 

Pour autant, un pourcentage massif des Français s’exprime contre le port du foulard islamique en public, la peine de mort conserve de nombreux partisans, et l’ « immigration zéro » est un slogan qui marche bien.

Il reste que sur le plan de comptabilité électorale, la droite recueille une majorité. 

La décomposition électorale

L’explosion de L.R, et du Parti socialiste, lequel avait encore tous les pouvoirs il y a moins de cinq ans, explique largement que l’électeur de droite se retrouve devant une offre pléthorique. Le vote Macron, c’est un conglomérat réunissant les classes aisées, les classes moyennes supérieures, une bonne partie des plus jeunes (20/45 ans), une majorité de retraités, et les légitimistes qui choisissent la stabilité constitutionnelle. Ces classes se retrouvent également chez V.P, M.L.P et E.Z.

L’éparpillement des voix dites de droite est complet. L’ancien électorat du Parti communiste est parti chez M.LP. Les « réacs » se disséminent chez M.LP et E.Z et marginalement chez V.P. Quant aux écolos, ils soutiendront mollement Yannick Jadot. Celui du P.S ignore Anne Hidalgo pour migrer partiellement chez Jean-Luc Mélenchon.

Cette dilution électorale est probablement la plus forte à l’approche du scrutin.

Mais à qui profite ce phénomène ?

Notre société médiatique permet une dichotomie entre le discours politique et l’exercice réel du pouvoir. À cet égard, E.M est un artiste. Sa politique est plébiscitée, à raison, par la majorité des acteurs économiques de notre pays. La sortie des actifs non immobiliers de l’I.S.F, supprimé pour être remplacé par l’I.F.I, se concentre sur les valeurs refuge préférées des Français. Le discours parle d’impôt sur la « fortune »,  c’est l’effet d’annonce, mais la réalité est que cet impôt touche très largement l’immobilier, et donc les classes moyennes. 

E.M flatte tous les électorats, sans sans soucier des contradictions qu’il peut accumuler ; ainsi, à propos de notre relation avec l’Algérie, il pu déclarer que notre politique coloniale était une « barbarie » et un « crime contre l’Humanité », que Maurice Audin, membre du P.C algérien, avait été torturé à mort par des militaires français. Il ajoutait que ces « hideux crimes de la colonisation ne seront pas oubliés et ne sauraient être frappés de prescription ». On attend toujours l’engagement de poursuites… Dans un interview donnée au Monde, il  accusait le système « politico-militaire » algérien d’entretenir une « rente mémorielle ». Selon lui, les autorités algériennes servent au peuple une « histoire officielle » qui « ne s’appuie pas sur des vérités ».  Et d’ajouter que « la construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française » ?

On peut dire qu’E.M a bien compris qu’il pouvait là exploiter à l’envi des franges parfois extrêmes de l’électorat, des nostalgique de l’Algérie Française aux anti-coloniaux. 

L’atomisation de l’offre à droite

Un électeur de droite classique ne sait plus quoi faire. Il hésite car personne ne lui présente un programme cohérent. Il y a bien chez E.M des éléments favorables à la croissance économique, alors même que l’aggravation du budget ne peut qu’inquiéter un libéral modéré. E.Z présente aujourd’hui seul des mesures fermes contre l’immigration incontrôlée et en faveur d’une répression claire des étrangers. Le tout accompagné d’une défense courageuse de l’identité française. Mais ce qui manque chez lui, c’est sa capacité à diriger l’État. M.L.P, avec son programme aseptisé, a perdu toute idée de rupture franche avec les errements de la politique française. Et on n’oubliera pas que Jean-Luc Mélenchon drague efficacement une partie de l’électorat de droite par son discours national.

« Que faire ? », pour paraphraser le camarade Lénine

Si les Français sont majoritairement à droite, ils leur faut une solution claire.

Mais pour celui qui voudrait retrouver une politique classique de droite qui ne sacrifie pas les classes populaires tout en privilégiant l’activité économique, il n’y a pas de solution évidente. Voter contre E.M au premier tour est un réflexe naturel pour le punir et en tous cas lui adresser un avertissement sérieux. Dans ce contexte, le vote M.L.P ou E.Z est le seul moyen d’expression. Mais ces deux candidats, avec V.P, éclatent l’expression de ce vote de droite et favorisent nécessairement E.M, augmentant de ce fait la qualité de son positionnement pour le deuxième tour…

Une fois perdus les habits de protecteur des Français face au Covid et de chef de guerre, E.M pourra encore profiter sans aucun doute de la peur du vide que les Français ont à l’idée d’une M.L.P  ou d’un E.Z au pouvoir, sachant que la présence de V.P au deuxième tour est hautement improbable. C’est dire que dans tous les cas de figure, E.M est bien parti. Reste qu’on ne peut pas exclure un coup de sang des Français à la faveur des élections législatives qui suivront. Rien n’est donc absolument joué, et tout dépendra de l’impact des résultats du premier tour sur les Français. 

Actualité ; les résultats du premier tour du 10 avril atténuent quelque peu la problématique.  Mais que faire, entre l’abstention, pour sanctionner E.M, voter M.L.P malgré ses faiblesses, ou encore choisir E.M par dépit ?



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One thought on “Présidentielles ; les états d’âme de l’électeur de droite”
  1. Dans les années 80, à chaque rentrée scolaire, on parlait de: “Nos chères têtes blondes qui reprennent le chemin de l’école…”
    Elles ont grandi et sont devenues rousses, frisées… le blond ne tient pas sur les têtes françaises ou alors, c’est que c’est par cagettes qu’ils se prennent des carottes dans le fondement depuis un bon bout de temps.
    Alors, la politique… on en parle même pas.
    On verra dimanche si l’habitude fait loi et force.

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