En baisse dans les sondages, la campagne d’Éric Zemmour cherche à se relancer en pariant sur l’existence d’électeurs zemmouristes ignorés par les instituts de sondage. Problème : ce « vote caché » n’existe pas !

C’est une fin de campagne au goût amer pour l’équipe d’Éric Zemmour. Après des débuts tonitruants à l’automne dernier, les soutiens de l’ex-polémiste enchaînent les revers et les désillusions. En panne dans les sondages après une série de déplacements ratés en octobre et novembre dernier, la candidature d’Éric Zemmour connaît une décrue préoccupante depuis la fin du mois de février. En cause : la guerre en Ukraine et le débat du 10 mars face à Valérie Pécresse, au cours duquel l’ex-polémiste a paru plusieurs fois mis en difficulté. Visiblement fatigué par le rythme harassant de la campagne électorale, Éric Zemmour enchaîne depuis les prestations moyennes et les annulations d’événements. De quoi semer le doute dans les rangs de ses propres troupes.

Des électeurs de LR et du RN qui pourraient basculer chez Éric Zemmour ?

Malgré ce tableau assez sombre, certains militants zemmouristes veulent encore y croire. Depuis quelques jours, plusieurs d’entre eux évoquent l’existence d’un « vote caché » en faveur du candidat. Selon eux, nombre d’électeurs du RN et de LR pourraient choisir dans l’isoloir de voter pour Éric Zemmour pour « se faire plaisir ». Ces électeurs tairaient jusqu’ici leur vote en raison d’une certaine difficulté à l’assumer publiquement.

Cette théorie du vote caché en faveur de l’extrême-droite n’a en fait rien de nouveau. A l’origine, celle-ci est née de l’incapacité des instituts de sondage à cerner précisément les contours du vote lepéniste au cours des années 1990 et 2000. A de nombreuses reprises, ceux-ci se sont montrés incapables d’estimer correctement le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen en raison de fausses réponses données par les personnes sondées. Des études menées après le second tour Chirac-Le Pen lors de la présidentielle de 2002 montraient notamment que seuls 6% des Français assumaient avoir voté pour le candidat frontiste.

Les instituts de sondage démentent l’existence d’un vote caché

Confrontés à ces erreurs passées, les instituts de sondage réfutent l’existence d’un vote caché. Ceux-ci rappellent tout d’abord que les moyens à leur disposition pour sonder les électeurs ont considérablement évolué depuis la présidentielle de 2002. Ainsi, la majorité des enquêtes sont aujourd’hui réalisées par internet et non plus par téléphone, ce qui limite considérablement la gêne sociale que pourraient ressentir les personnes interrogées.

Les candidats d’extrême-droite bénéficient par ailleurs d’un coefficient de redressement, permettant de mieux apprécier leur réel potentiel. Ainsi, les études menées sur différents échantillons (1 600 personnes dans le cadre du Rolling Opinionway – Kéa Partners, 12 499 pour le baromètre Ipsos-Sopra Steria) indiquent-elles des ordres de grandeur similaires.

Une campagne contre-productive

Au-delà de ces explications techniques, les raisons qui plaident en faveur de l’absence de vote cachée tiennent à la nature-même de la campagne d’Éric Zemmour. Plutôt que de chercher à gagner la présidentielle, la candidature Zemmour s’est épuisée dans une vaine tentative d’OPA hostile sur LR et le RN – pariant sur une recomposition des droites qui ne peut cependant intervenir qu’après l’élection. Pour ce faire, les stratèges du candidat ont misé sur l’hystérisation du débat, qui a déboussolé de nombreux électeurs de droite et conduit les écuries adverses à riposter. Dans le même temps, Éric Zemmour a échoué à se présidentialiser et à apparaître en rassembleur, y compris au sein de son propre camp. L’échec de cette stratégie a considérablement réduit l’envergure de la campagne d’Éric Zemmour, qui paraît aujourd’hui limitée à quelques thèmes identitaires et au statut de candidature de témoignage.

Pariant sur sa capacité à capter le vote protestataire, Éric Zemmour devrait se heurter à une concurrence féroce, tant celui-ci est travaillé par d’autres candidats : Nicolas Dupont-Aignan, qui bénéficie du soutien de Florian Philippot, le meneur des opposants au passe sanitaire, Jean-Luc Mélenchon, ou encore Marine Le Pen. La forte abstention, à laquelle ce vote est sensible, pourrait finir de dissiper les dernières illusions des zemmouristes.

Alors que la candidature Zemmour est désormais passée sous la barre symbolique des 10%, le réflexe de « vote utile » des électeurs de droite partis chez Reconquête pourrait achever de lui donner le coup de grâce. De quoi plomber encore davantage l’effet d’un supposé « vote caché » censé garantir sa qualification à l’ex-journaliste.



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