22 avril 2022 à 14h25,
Mis à jour le 23 avril 2022 à 10h00

Durée de lecture : 4 minutes

Climat
Monde
Europe

Sécheresses, inondations, canicules, incendies… L’Europe vit déjà le choc du changement climatique. Le service européen Copernicus le rappelle, une fois encore, dans son rapport annuel sur l’état du climat de l’Europe, publié vendredi 22 avril. « 2021 a été une année d’extrêmes, avec l’été le plus chaud d’Europe, des vagues de chaleur en Méditerranée, des inondations et des sécheresses dues au vent en Europe occidentale », a résumé Carlo Buontempo, directeur de Copernicus, dans un communiqué.

Ce rapport, le cinquième du type, est une compilation inédite des données climatiques et météorologiques au niveau européen. Températures en mer et sur terre, pluviométrie, concentration de gaz à effet de serre ou encore fonte des glaces. Tous ces indicateurs sont au rouge : le climat se dérègle en Europe. « 2021 est typique du climat actuel, un climat extrême, avec de nombreuses et différentes perturbations, précise par téléphone à Reporterre Vincent-Henri Puech, directeur du service de surveillance de l’atmosphère de Copernicus. Dans les années 1980, cette année aurait été exceptionnelle ; aujourd’hui, c’est devenu la norme. »

Les anomalies de température en 2021 (en moyenne et en degrés Celsius) comparées à la période 1991-2020. C3S/ECMWF

Après un printemps frais, marqué par des épisodes de gels tardifs, l’Europe a connu l’été le plus chaud jamais enregistré. Les températures annuelles à la surface des mers Baltique et Méditerranée ont été les plus élevées depuis au moins 1993 ; dans certaines parties de la Baltique, l’eau a été 5 °C plus chaude que la moyenne. À l’intérieur des terres, « de nombreux records de température ont été battus », souligne le rapport, dont un record européen de 48,8 °C en Italie. Dans certaines régions d’Italie, de Grèce et de Turquie, la canicule a duré deux à trois semaines. Ces conditions extrêmes ont favorisé des feux de forêt dévastateurs, notamment sur le pourtour méditerranéen. « La superficie brûlée totale en juillet et août dans la région méditerranéenne a dépassé 800 000 hectares », peut-on lire. Soit la superficie du département du Puy-de-Dôme. Plus au Nord, « d’intenses feux de forêt en Sibérie subarctique ont entraîné une propagation de fumée en Arctique », et émis moult gaz à effet de serre — « la quatrième plus grande quantité d’émission de carbone due aux incendies » depuis le début des relevés.

Ce même été, d’autres records ont été dépassés, notamment pour la pluie. « Le 14 juillet 2021, des précipitations record ont été observées en Allemagne et en Belgique, et le débit fluvial qui en a résulté dans certaines parties des bassins versants de la Meuse et du Rhin a été estimé comme étant le plus élevé jamais enregistré depuis 1991 », pointe le rapport.

« Il n’y a pas d’autre choix : il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre »

Autre événement météorologique inédit : les vitesses du vent dans certaines régions du continent ont été parmi les plus faibles depuis quarante ans, « entraînant une réduction du potentiel de production d’énergie éolienne », note le rapport. Parmi les contrées délaissées par le zef, le Royaume-Uni, l’Irlande, le Danemark ou l’Allemagne. « Aucun lien n’a pu être clairement établi avec le dérèglement climatique », a cependant précisé Freja Vamborg, l’une des principales autrices de l’étude.

Juillet 2021 : des enfants jouent dans la fontaine de la Plaza de las Tendillas, place centrale de Cordoue. Un thermomètre affiche 44 °C. © Alban Elkaïm/Reporterre

Cette saison tourmentée ne sera pas une exception, prévient d’ailleurs M. Puech : « Malheureusement, les années à venir seront semblables à 2021, dit-il. Tant que les concentrations de CO2 et de méthane ne redescendront pas, on vivra dans un climat de plus en plus perturbé. » L’an dernier, les concentrations de gaz à effet de serre ont continué à augmenter dans notre atmosphère. « Il n’y a pas d’autre choix, rappelle-t-il, il faut réduire ou annuler nos émissions, comme le recommande le Giec. » Le chercheur espère que ce rapport permettra « de réduire la part toujours très importante de gens qui doutent de la réalité du changement climatique, et de convaincre les décideurs de s’engager sans plus tarder dans la réduction des gaz à effet de serre ».

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