1/ Il est tout de même incroyable que, sur ce site ou ailleurs, des “braves gens” (pour le dire à la façon de Brassens plus que de Mélenchon) appellent implicitement ou ouvertement à voter Marine Le Pen. J’espère pour eux qu’ils ont le permis de chasse et savent manier une arme. Ou qu’ils savent lire dans le marc de café pour affirmer (ou considérer) avec tant d’aplomb que le peste sera plus clémente que le choléra. Petit rappel historique (pour ceux qui ne savent pas de quoi Marine Le Pen est le nom) : entre le 16 juin 1940 et le 10 juillet 1940, il s’est écoulé moins d’un mois. Nous ne sommes pas en 1940, mais cela devrait conduire à un minimum de retenue avant d’appeler à lâcher la proie (l’extrême centre, le bloc bourgeois, les Versaillais-Orléanistes, les éborgneurs assermentés, les apôtres du capitalisme mondialisé… appelez-les comme vous voulez) pour l’ombre (les Vichystes, les nostalogiques des ordres noirs, les miliciens-collabos, la dernière roue de secours des apôtres du capitalisme mondialisé… appelez-les comme vous voulez).

De surcroît, depuis quand doit-on croire un politicien (quel qu’il soit) sur parole ? Il semble bien plus réaliste de considérer que le “recentrage” de Marine Le Pen n’est rien d’autre qu’une stratégie visant à franchir le plafond de verre auquel était confronté le pôpa-borgne-tortionnaire-fier-de-l’être. Que des millions d’électeurs de Marine Le Pen ne le sachent pas est une chose (tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents communistes), que des militants ayant une conscience politique l’ignorent en est une autre…

Pour ma part, je le précise pour expliciter ma position, je voterai blanc ou m’abstiendrai. Ainsi, je ne cautionnerai aucun de ces deux “joyeux drilles”.

2/ Il est bien beau de taper sur Roussel (dont, à mon sens, la candidature était, par définition, d’emblée, un non-sens). Pourquoi pas sur Poutou et Arthaud, tant qu’à y être. Mais, un peu d’autocritique serait la bienvenue.

Par exemple, Jean-Luc Mélenchon (pour qui j’ai voté en 2012 et 2017) a perdu ma voix (qui n’a été donnée à personne d’autre) dans les derniers jours de la campagne suite à ses déclarations consternantes sur l’Ukraine. Quel rapport entre l’Ukraine et l’Union polulaire/l’Avenir en commun ?

A mes yeux (car, ce point de vue est bien évidemment contestable), le rapport est très simple : une soumission à la narrative mainstream sur un sujet d’une telle importance donne peu de crédit à l’hypothèse d’une insoumission d’une France (qui n’est plus souveraine sur des aspects essentiels) dont il serait président. Les Grecs hier, les Péruviens aujourd’hui (ou encore les soutiens de Mitterrand de 1981) sont bien placés pour mesurer l’écart entre la promesse de rupture et le courage (sans parler des conditions de possibilités) qu’exige une véritable rupture.

En mars 2016, déjà, face à cette absence d’autocritique et de réponses aux doutes et critiques formulés par des militants, je m’étais permis, sur la base d’une compilation des commentaires publiés sur Le Grand soir (commentaires que je ne partageais pas tous, loin s’en faut), d’adresser une lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon (JLM). Ce dernier n’a pas jugé utile d’y répondre. J’avais proposé au Grand soir de la publier et cela n’avait pas été jugé utile non plus. Pourtant, nombre de questions souvelées dans ces commentaires demeurent d’actualité, plus de six ans après, ce qui pourrait tout autant expliquer la non-qualification au second tour que la candidature de ce “pauvre” Roussel.

PS : points mentionnés dans cette lettre ouverte de mars 2016.

I. Doutes et critiques sur le programme.

• Un programme manquant de clarté au sujet de l’Union européenne, de l’Euro, de l’OTAN.

• Un programme pas crédible car incompatible avec le cadre juridique européen.

• Comment JLM compte s’y prendre, si l’Allemagne, le Luxembourg ou tout autre Etat européen campe sur ses positions et exige une application stricte du cadre juridique européen ? Peut-il faire mieux que Tsipras ?

II. Doutes et critiques sur le candidat.

• Un candidat pas crédible, n’ayant jamais rien prouvé, politicien professionnel depuis 30 ans.

• Un candidat qui a participé au système et a contribué (avec tant d’autres) à la situation actuelle : il a fait campagne pour Maastricht ; il a soutenu Mitterrand et il a soutenu Jospin dont les gouvernements portent une énorme responsabilité dans la situation actuelle. Bref : « Qu’ils s’en aillent tous ! D’accord. Mais, lui aussi ! »

• Il rendrait un grand service au programme qu’il défend en retirant sa candidature au profit d’une personne ne traînant pas autant de casseroles.

IIII. Doutes et critiques sur la capacité à rassembler et fédérer.

• Une candidature unilatérale et une posture personnelle qui ne favorisent pas une démarche unitaire contrairement à 2012.

• Une démarche « gaullienne » (la candidature à la candidature annoncée au JT de TF1) alors que Jean-Luc Mélenchon n’est pas De Gaulle. Il ne peut pas se prévaloir de la même autorité politique et morale. Dès lors, cette démarche est-elle pertinente ?

IV. Doutes et critiques sur la capacité à convaincre dans le contexte actuel.

• Pas de stratégie claire pour se faire entendre par une masse de citoyens désorientée et endoctrinée.

V. Doutes et critiques sur l’attitude en cas d’élimination au premier tour.

• Crainte de voir JLM appeler une nouvelle fois à voter pour un candidat « UMPS » sans contrepartie.

VI. Doutes et critiques sur la possibilité de résister en cas d’éléction.

• Pas de stratégie claire pour faire face aux tentatives de déstabilisation qui ne manqueraient pas de se développer dès le soir de son élection. Les exemples sont légions de tentatives politiques alternatives qui ont été écrasées dans le sang (Commune de Paris, Chili de l’Unité populaire, etc.) ou soumises à une guerre économique et idéologique de longue haleine (la Grèce de Tsipras ou le Venezuela bolivarien pour s’en tenir à des exemples récents).

• JLM ne semble malheureusement pas pouvoir compter sur une organisation et des militants qui se battront au quotidien pour défendre la mise en oeuvre de ce programme.

VII. Doutes et critiques sur le rapport aux médias.

• Une présence et une visibilité dans les médias de masse qui interroge.





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