Ce dimanche, quand Emmanuel Macron, tel un nouveau joueur de flûte de Hamelin, a fait son entrée devant une procession d’adolescents, la musique n’était pas celle d’un meeting classique. On était loin des notes épiques sur lesquelles hommes et femmes politiques s’appuient généralement au moment de prendre la parole. Non, le morceau qui accompagnait son arrivée était le 4e mouvement de la 9e symphonie de Beethoven, c’est-à-dire l’« Ode à la joie », hymne de l’Europe depuis 1985.

On sait qu’Emmanuel Macron aime les symboles, que tout ce qu’il dit et fait est calculé, millimétré, sans la moindre spontanéité. Il a ainsi fait, en conscience (et probablement « en responsabilité », selon la formule consacrée), le même choix qu’en 2017, devant la pyramide du Louvre – un choix qui était déjà celui de François Mitterrand en 1981. Les commentateurs mélomanes, dans Le Figaro notamment, observent que le Président réélu a choisi une orchestration différente de la précédente, plus lente, plus nostalgique, plus humaine en somme, avec l’intervention des chœurs dans les dernières minutes. C’est fort bien.

La 9e symphonie de Beethoven, beaucoup le savent, est tout un symbole. Elle a été jouée sous la direction de Furtwängler, en 1942, en tant que symbole germanique récupéré par le parti nazi, puis a été la première œuvre jouée à Bayreuth après la chute du régime national-socialiste. Sa durée a même servi d’étalon pour fixer la capacité d’enregistrement des premiers CD. En d’autres termes, on lui a fait dire un peu tout ce qu’on voulait. L’Europe n’a pas échappé à la règle : l’« Ode à la joie » a accompagné, en filigrane, les volontés pacifistes de la CECA, puis le libre-échangisme de la CEE, puis les oukases et les idéologies woke de l’Union européenne. Toujours, le poème de Schiller, mis en musique par Beethoven, qui exprime l’ivresse spirituelle d’une fraternité mondiale (« Alle Menschen werden Brüder »/« Tous les hommes deviennent frères »), a servi de bande-son à tout et n’importe quoi.

En fin de compte, rien de mieux que ce thème à la fois grandiose et utilisé d’une manière si creuse pour servir le show macronien, jupitérien et en même temps humble, digne et en même temps ému aux larmes…« Et il est jeune, il est bon, il est beau/Quel talent, quelle leçon… », chantait Michel Sardou dans « Le Successeur ». La France, dans tout ça ? Oh, eh bien, on a fait chanter « la Marseillaise » par une cantatrice égyptienne, superbe quoique non voilée, au mépris du vivre ensemble, et puis ça allait bien.

L’« Ode à la joie » ? Triste ironie. Qui a entendu des cris de joie dans son quartier, ce dimanche ? Les voisins de la prison de la Santé, apparemment, mais c’est tout, dirait-on. Personne, pas même le public anesthésié du Champ-de-Mars, n’a manifesté de liesse. « Joie, étincelle divine, fille de l’Élysée », écrivait Schiller dans son poème. Il ne connaissait pas notre Élysée à nous.





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