Le soleil n’était pas encore levé ce mardi 26 avril lorsqu’une trentaine d’activistes ont entamé leur journée. Armés de parpaing et de seaux de ciment, ils ont édifié un mur devant l’entrée du ministère de la Transition écologique, à Paris. Leur but : dénoncer les mensonges du gouvernement sur ses agissements climatiques. « On ne peut plus croire à ses promesses. Il est réellement temps d’aller reprendre les terres. Il faut défendre chaque hectare contre le bétonnage », a déclaré Chloé Gerbier, cofondatrice de Terres de luttes, l’un des collectifs qui organisait cette journée d’actions décentralisées.

Partout dans le territoire, près de 120 collectifs se sont coordonnés pour organiser des marches, réaliser des collages et des occupations de sites de projets ou d’industries polluantes. Une opération visant à rappeler à Emmanuel Macron et son futur gouvernement que les militants ne lui laisseront aucun répit. Le point sur les principales actions.

Action devant le ministère de la Transition écologique, le 26 avril 2022. © Retour sur terres

• Fermes-usines

En France chaque année, plus de cinquante projets de fermes-usines voient le jour. Pour dénoncer ce non-sens agricole et écologique, un défilé de tracteurs a été organisé à Lescout, dans le Tarn, contre l’extension d’une ferme-usine de volailles qui pourrait accueillir près de 200 000 poules. Ils ont réussi à bloquer temporairement le chantier. « La concentration d’animaux se poursuit alors que l’épidémie de grippe aviaire devrait faire repenser l’organisation de la filière volailles », ont expliqué les organisateurs.

« Ce sont des modèles prédateurs de l’agriculture paysanne, car ils prennent les aides, les subventions du plan de relance et de résilience. Pourtant, on a mis de l’argent dans les fermes qui sont les moins résilientes », a déclaré Nicolas Girod, le porte-parole de la Confédération paysanne. À Langoat, dans les Côtes-d’Armor, 250 personnes se sont retrouvées pour faire le procès de l’élevage industriel, organisé par le collectif Bretagne contre les fermes-usines.

• Transports

À Libourne, dans la région bordelaise, le collectif Non à l’aéroport de Saint-Émilion a collé des centaines d’affiches en ville. L’occasion de rappeler qu’ils ont remporté une première victoire contre l’installation d’un aéroport pour jets privés au beau milieu des vignes. Un projet à 6 millions d’euros. « Oui, nous pouvons résister face aux politiques écocidaires et antisociales. La mobilisation paie », ont-ils déclaré.

Près d’Avignon, les membres du collectif Puma se sont rassemblés pour dénoncer le projet de contournement de la ville qui menace 50 hectares de terres agricoles. Un projet qui a été largement critiqué par l’autorité environnementale.

À Strasbourg, le collectif GCO Non merci a entrepris une action de comptage de camions pour démontrer l’impact négatif du Grand contournement ouest, une autoroute payante inaugurée en décembre 2021 malgré une forte résistance locale. L’implantation d’une zone à défendre, la grève de la faim d’élus locaux et de nombreux recours en justice n’ont pas été suffisants pour stopper ce projet. Cette autoroute avait pourtant reçu sept avis défavorables d’organismes d’État pour atteintes à l’environnement jugées non compensables. 

Dans les Pyrénées-Orientales, le collectif qui lutte contre le projet de déviation de Céret a déployé des banderoles dans toutes les rues de la ville pour dénoncer le bétonnage des terres.

À 30 kilomètres de Paris, de nombreux collectifs des luttes locales en Île-de-France se sont rassemblés sur le chantier de la ligne 18 à Saclay (Essonne).

À Montpellier, le collectif SOS Oulala a organisé un débat sur le projet de contournement nord de la ville. Pollution de l’air, trafic induit, étalement urbain, destruction de la biodiversité, émissions de gaz à effet de serre : les participants ont dressé une longue liste de griefs contre cette future route.

• Montagne

En Haute-Savoie, à La Clusaz, Extinction Rebellion Annecy s’est mobilisé contre un projet de retenue collinaire. Une installation grande comme 60 piscines olympiques qui doit fournir de l’eau pour alimenter les canons à neige de la station. Le remplissage de cette retenue collinaire risquerait d’assécher la tourbière du plateau de Beauregard, selon les manifestants. Ils s’opposent ainsi à une privatisation de la ressource hydrique pour l’industrie touristique hivernale et ont appelé le maire de La Clusaz à prendre position contre le projet.

• Forêts et jardins populaires

Pour dénoncer l’industrialisation de la forêt française, des militants se sont retrouvés à Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) contre un parc photovoltaïque industriel qui ravagerait la forêt de Seygne.

Action contre la destruction des forêts à Forcalquier, le 26 avril 2022. © François-Xavier Emery/Reporterre

Les défenseurs des jardins populaires étaient au Jardin des Vaîtes de Besançon pour continuer d’occuper ces terres maraîchères menacées de bétonisation.

Enfin, une vélorution a été organisée à Rennes pour défendre l’Îlot U, un jardin de 3 hectares qui risque d’être bétonné par le projet d’aménagement ViaSilva.

• Artificialisation

À Rouen, divers collectifs dont Alternatiba, Extinction Rebellion et Youth for Climate se sont mobilisés contre le projet d’une des plus grandes sucreries d’Europe. Financée par un groupe dubaïote, l’usine s’étalerait sur 75 hectares en bord de Seine, produirait du sucre raffiné et de l’éthanol destinés à l’exportation. Il nécessiterait la mise en monoculture intensive de 200 000 hectares de terres agricoles pour produire chaque année 4,5 millions de tonnes de betteraves.

Mobilisation à Rouen, le 26 avril 2022. © Retour sur terres

En Loire-Atlantique, un rassemblement a eu lieu à Nantes en soutien aux collectifs en lutte contre l’artificialisation.

Dans le Pas-de-Calais, à Berck-sur-Mer, les opposants au projet de serre tropicale géante Tropicalia ont organisé une opération de tractage au bord de la plage pour sensibiliser les touristes et les locaux sur l’impact du projet. Une opération interrompue par la police municipale.

Plusieurs actions ont été organisées contre les entrepôts : à Amiens (Somme), le collectif Horror Boréalia, qui lutte contre un projet de Zac d’entrepôts logistiques, a installé des pancartes « ville bétonnée » à l’entrée de l’agglomération. Ils veulent ainsi dénoncer la disparition de 195 hectares de terres agricoles. À Marquillies (Nord), un café citoyen a rassemblé les opposants au projet d’entrepôt commercial géant.

Enfin, le collectif pour la sauvegarde du plateau de Gras, en Ardèche, a installé une banderole pour alerter sur un projet de troisième centrale à bitume à Lavilledieu.

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