Faire la Paix : nous le souhaitons tant, universellement et depuis longtemps. En effet, la perspective d’une cohabitation harmonieuse paraît une évidence – qui nierait l’espérer ? – et pourtant. Pourtant, nous vivons des guerres successives qui paraissent, à force, inarrêtables, inévitables. C’est qu’entre ce à quoi nous aspirons collectivement et les mécanismes de notre condition, il y a un gouffre vertigineux de complexités et de dissonances. Or, et dès lors, comment expliquer à ces enfants que l’on éduque a priori dans le respect d’autrui que nous manquons si terriblement à l’équilibre des relations humaines ? Faire la paix, le nouveau livre jeunesse signé Philippe Godard et illustré Barroux revient sur une notion clef, aussi essentielle que fuyante, au nom des grands, mais pour les plus jeunes : la paix. Immersion.

Faire la paix vient de paraître aux éditions Saltimbanque avec le soutien d’Amnesty International : un album poétique et aérien qui ose revenir à l’essentiel. Alors que des guerres font rage dans plusieurs pays du globe, avec leur lot de retentissement médiatique et d’expertises complexes, cette sortie littéraire résonne comme un humble appel à la raison ; une main tendue, au milieu du brouhaha géopolitique, en faveur d’horizons sains, viables et enviables.

“Je souhaitais mettre en évidence la valeur absolue que représente la paix pour l’humanité” confie Philippe Godard à France Info. 

A travers des mots clairs, évidents, mais réalistes, accompagnés d’esquisses sensibles, enveloppantes, mais pour autant puissantes, Philippe Godard et le dessinateur Barroux nous livrent un hommage pédagogique et subtil à l’idéal de paix. Une ode à ce qui nous unit, en toute intelligence et délicatesse. Un éloge à mettre entre les mains des plus jeunes, ou à lire avec eux, afin de raviver en toutes et tous l’émerveillement des perspectives heureuses.  

@Saltimbanque éditions – Faire la paix, Philippe Godard (auteur), Barroux (illustrateur)

 

Une brèche d’amour et de respect pour la jeunesse 

Philippe Godard, essayiste, mais également auteur de documentaires jeunesse, notamment sur l’écologie, s’est lancé, bien avant l’éclatement du conflit armé en Ukraine, dans le décryptage d’une notion aussi partagée que sous-estimée : la paix. 

“Nous entendons bien plus souvent parler de guerre que de paix.

Pourtant, c’est la paix que nous désirons tous, au plus profond de nous. Elle est une réalité à préserver pour certains, une valeur cruciale et un combat permanent pour d’autres.”

Pensé pour parler aux jeunes à partir de 13 ans, l’ouvrage ne s’encombre pas de fioritures, mais réussit également à éviter les écueils et les raccourcis. La paix y est décortiquée, sans jamais que la guerre ne lui fasse de l’ombre, à partir de multiples nuances, impasses et paradoxes, comme d’éléments de réponse. On y retrouve également des figures inspirantes comme Martin Luther King, Greta Thunberg ou Simone Weil.

En effet, l’ouvrage a l’avantage de faire simple et de viser juste, de nous dire le monde tel qu’on avait oublié qu’il était, pour comprendre la paix comme on avait arrêté de l’envisager. Peut-être, enfant, nous étions-nous promis d’y croire, jusqu’à ce que grandir nous ait laissé penser que la haine et la violence étaient des fatalités ?

@Saltimbanque éditions – Faire la paix, Philippe Godard (auteur), Barroux (illustrateur)

Or, sommes-nous vraiment prédateurs par nature ? Le monde est-il “une jungle de laquelle nous devons nous accommoder” ? Les guerres sont-elles inhérentes à notre évolution ? En réalité, (et transmettons-le davantage aux enfants!), la collaboration et l’entraide sont des valeurs bien plus prégnantes dans notre écosystème. Elles ont même été les principales clefs de notre évolution, au cœur de la survie de notre espèce : “Ce qui a rendu les sociétés sapiens capables de se développer toujours plus est une sorte de superpouvoir cognitif : la communication coopérative” confirme Pour la Science n°517. C’est que la confrontation comme la coopération sont tout simplement disponibles à notre fonctionnement et qu’il nous reste sans doute, indéfiniment, à choisir.

Faire la paix remet quelques pendules à l’heure en ce sens : la cohabitation est possible, certes elle demande beaucoup de travail, un travail collectif, solidaire et tenu, mais elle est véritablement atteignable.

Et si nous avons parfois du mal à imaginer qu’elle puisse un jour être absolue, nous nous devons, a minima, d’y souscrire, de la maintenir à l’horizon, afin, sinon, de permettre un équilibre vital face à des forces destructrices, du moins de faire survivre des valeurs respirables au sein de notre paradigme. 

Comment atteindre cet idéal ? Philippe Godard, dans ce texte entre lettre ouverte et récit documenté, navigant entre les dessins fabuleux de Barroux, nous aide à y répondre avec force, conviction et simplicité. Ses mots sont un retour aux fondamentaux, autant qu’un support élégant de communication avec les plus jeunes, sur un sujet, si d’allure parfois naïve, de nature en réalité plutôt labyrinthique. 

@Saltimbanque éditions – Faire la paix, Philippe Godard (auteur), Barroux (illustrateur)

 

La paix en 7 clefs décisives

Le livre jeunesse s’articule autour de sept grands chapitres. Sept clefs qui permettent de saisir toute l’ampleur de cet idéal : faire la paix avec le Vivant, avec soi-même, avec l’ennemi, entre nos différences, après un traumatisme… Le panorama est large. Car la paix est omniprésente, elle revêt différentes formes, dépend de nombreux facteurs et s’inscrit dans plusieurs dimensions de nos vies. A nous d’oser les investir.

Le livre s’ouvre ainsi sur l’impératif de justice sans lequel la paix est impossible : “la paix ne peut s’installer si des injustices poussent les hommes à se combattre”. Puis il en donne quelques exemples concrets et éclairants, à différentes échelles : “En Italie, une jeune lycéenne, confrontée pour la première fois de sa scolarité à l’injustice, explique comment elle réagit. Aux États-Unis, les Afro-Américains ont crié haut et fort que la reconnaissance de leurs droits civiques était un pas vers la paix”. 

@Saltimbanque éditions – Faire la paix, Philippe Godard (auteur), Barroux (illustrateur)

Le chapitre suivant se concentre sur la réconciliation de nos différences : “avoir de la considération pour autrui, même si ses coutumes et ses croyances ne sont pas les nôtres, est-ce si utopique ?” .

De cette question découle celle, ancestrale, de la cohabitation des religions, impliquant la tolérance face aux croyances d’autrui, le dialogue et “l’expression et libre choix religieux – ou athéisme”.  

“Faire la paix avec l’ennemi semble impossible”…poursuit l’ouvrage. Mais de répondre que “demander la paix avant qu’un conflit ne dégénère en violence absolue n’a de sens que si, dans le même temps, nous prenons position pour le désarmement“. Car l’arme, et même le trafic d’armes, rappelle Philippe Godard, est au cœur des enjeux de paix : si les intérêts économiques liés aux ventes d’armes se confondent avec les intérêts géopolitiques, c’est d’abord contre l’intérêt des populations qui est de maintenir une cohabitation pacifique et paisible. Autrement dit, il est impératif de penser le désarmement, comme un jour nous avons su penser l’armement.

Le chapitre suivant questionne la violence dans les processus de paix et cite des exemples de démonstration positive : “Les « ZAD » (Zone à défendre) en sont un” introduit l’écrivain.

“Faire la paix avec sa conscience” est également décisif ajoute-t-il. Notamment à l’échelle nationale : les Etats doivent faire la paix avec leur passé violent et destructeur, rompre la spirale, en entamant des processus de réparation sérieux et honnêtes. Car la paix ne saurait se construire sur des plaies béantes. 

Enfin, plus globalement, il nous reste encore à “Faire la paix avec le vivant”. C’est “une nécessité absolue, dans un monde moderne qui détruit beaucoup de ce qui vit autour de lui”.

“Faire la paix avec le Vivant, c’est tisser une alliance avec tout ce qui vibre sur cette planète, et qui la fait vivre, les autres humains, les animaux, les végétaux”.

@Saltimbanque éditions – Faire la paix, Philippe Godard (auteur), Barroux (illustrateur)

A la locution latine Si vis pacem, para bellum, « Si tu veux la paix, prépare la guerre », l’auteur rétorque que la vie s’accommode bien plus de la liberté et de la paix, que des guerres. Il défie le cynisme et le défaitisme qui s’adonnent volontiers aux sirènes de ces conflits armés en rappelant que ceux-ci se font toujours dans l’intérêt d’une minorité qui n’aura jamais à en redouter les conséquences : “le monde qu’ils nous préparent n’est absolument pas celui dont nous avons besoin, ni nous, ni les enfants” explique-t-il. 

L’ouvrage préfère plutôt y substituer un “optimisme vigilant, mais un optimisme quand même”. Une posture sublimée par le trait émouvant de Barroux.

Faire la Paix peut faire l’objet de discussions avec les plus jeunes, d’interventions en classe pour questionner et mettre en avant des notions plus qu’actuelles avec les enfants, comme raviver le cœur d’enfant qui vibre encore en nous. A se procurer ici.

– S.H

Crédit photo de couverture @Anne/Flickr

 

 

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