Yves-Marie Adeline, ancien président de l’Alliance royale, enseignant et écrivain, est l’auteur de trois livres sur le rapport droite-gauche en France : La Droite piégée (1996), La droite où l’on n’arrive jamais (2000) et La Droite impossible (2012). Boulevard Voltaire a recueilli sa réaction après la défaite de la droite à la dernière élection présidentielle.

Un système qui donne à choisir entre le meilleur et le pire est un système qui s’est déjà rangé du côté du pire, puisque, selon lui, le meilleur n’a pas de valeur intrinsèque ; d’autant que sa propagande interne, entamée dans ses établissements d’Éducation nationale, puis perpétuée dans ses médias de connivence et ses agents culturels entretenus par lui-même, se charge de présenter le meilleur comme le pire et le pire comme le meilleur.

En vérité, la droite prétend s’épanouir dans un régime essentiellement de gauche. Quand elle reçoit le pouvoir, c’est pour réparer les dégâts commis par la gauche, avant de lui rendre les rênes aussitôt après réparation, comme l’Histoire l’a toujours montré ; elle n’est que locataire d’un système dont le propriétaire est la gauche : la république authentique, c’est Macron et Mélenchon, ce ne peut pas être Zemmour ni Le Pen.

M. Zemmour se réclame en toute honnêteté de l’héritage politique de De Gaulle, en oubliant que de Gaulle est arrivé deux fois au pouvoir autrement que par la voie démocratique : en 1944 par la force, en 1958 suite aux conséquences du 13 mai à Alger, quand on n’a plus obéi à l’État. Ce n’est qu’une fois arrivé par la force au pouvoir, bénéficiant des ressources que l’État mettait à sa disposition, qu’il a accompli des réformes, quitte à les accomplir dans un cadre électoral. Mais entre son départ du pouvoir en 46 et son retour en 58, la démocratie a toujours joué contre lui : dans ce régime de partis qu’il abhorrait, il s’était même résolu à créer son propre parti, le Rassemblement du peuple français, qui n’a pas suffisamment rassemblé pour réussir. Ce n’est que selon un processus qualifié par la gauche de « fasciste » qu’il a repris les choses en mains, démontrant une fois encore qu’en république, le salut est toujours exogène, il ne peut pas être endogène. Après cela, son œuvre institutionnelle, qui passait largement au-dessus des esprits ordinaires préoccupés de leur seule vie quotidienne, a été certes salutaire, mais incomplète, car après lui, le sommet de l’État a été de nouveau abandonné aux intrigues partisanes. Et depuis lors, le pire l’a toujours emporté contre le meilleur, parce qu’il est plus facile de se laisser glisser que de se hisser.

Les républicains de droite considèrent les royalistes comme des rêveurs, et c’est vrai, parce que les royalistes ne savent pas traduire un sentiment en politique : ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir essayé. Mais la droite se regarde comme si les preuves manquaient encore pour conclure qu’à l’usage, c’est elle qui se nourrit d’illusions, espérant toujours que la gauche voudra bien lui laisser une place égale dans ce régime actuel, qu’elle a fondé par le mensonge et par le sang.





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