par Strategika 51.

La guerre en Ukraine a révélé aux initiés qu’Israël n’a gagné aucune guerre depuis sa création en 1948 et que c’était l’Empire (États-Unis et leurs alliés) qui se battaient à sa place tout en entretenant le mythe d’une hypothétique invincibilité israélienne que la puissante machine de propagande universelle présentait comme un produit marketing standardisé dans toutes les langues. C’est en peu de mots un mythe aussi flagrant que celui présentant Israël comme un « îlot de démocratie » dans un océan de dictature arabe selon l’expression teintée d’exagération et d’imagination débridée des propagandistes de Sion.

La stratégie actuelle de l’Empire est de créer autant d’Israël dans les zones de friction avec ses adversaires perçus comme rivaux ou dans les zones d’intérêt géostratégique. « L’Ukraine sera un futur Israël » a affirmé Volodymyr Zelenski dans une de ses nombreuses déclarations conçues par des cabinets conseil assez prestigieux. C’est-à-dire que l’Ukraine sera une entité anti-Russie aussi invincible que l’a été Israël au Moyen-Orient. Cette invincibilité sera assurée, comme pour le cas israélien, par une assistance militaire massive presque illimitée et payée par les contribuables de l’Empire sinon par les fonds souverains de pays pillés, un flux ininterrompu de capitaux, des conseillers militaires et des mercenaires, une couverture diplomatique à toute épreuve et une propagande universelle ne laissant presque aucune place à un autre son de cloche ou à une quelconque critique.

Idem pour la Chine. L’Empire veut ériger l’île séparatiste de Taïwan comme un autre Israël en extrême-orient face à la Chine continentale. Là encore, l’Empire y déploiera tous ses moyens matériels et financiers ainsi que toutes ses armes comme il le fait en Israël en créditant Taipei d’une hypothétique indépendance politique et d’une invincibilité élaborée par un système d’information coordonné visant à faire admettre la donne géopolitique comme une vérité irréfragable et éternelle. Un peu comme l’Empire qui était sensé durer un millénaire mais beaucoup plus comme la perception du statut usurpé « éternel » de Jérusalem par les fanatiques agnostiques de Sion.

Cette stratégie peut également être reproduite dans les zones d’intérêt géostratégique où dans les régions riches en ressources énergétiques et minières. Il est tout à fait possible de recréer autant d’Israël un peu partout car au final, Israël n’est que le concept d’une base militaire fortifiée à planter quelque part pour les besoins stratégiques des tenants de l’Empire. C’est la continuation atavique de l’irrépressible pulsion colonialiste des castes dominantes. Les juifs à cet égard sont à la fois victimes et objets de manipulation comme le sont d’autres groupes ethniques manipulés par une exacerbation de l’égo, la création de faux besoins identitaires, la mystification de type nationale ou religieuse, etc. Tout est bon pour parvenir à l’hégémonie.

En Irak, il y a eu des tentatives de transformer le Kurdistan en une forme d’Israël. Une expérience qui a été essayée avec succès en Syrie face à un régime centralisateur et jacobin. Il aura fallu néanmoins le déploiement de forces US et turques pour maintenir un statu quo illégal amputant la Syrie d’une partie de son territoire sans qu’il soit possible pour Damas de les récupérer vu que les populations locales s’y opposent.

Des pays comme l’Ukraine, le Kosovo, Taïwan et le Maroc peuvent donc être transformés en de nouveaux Israël dans leur environnement géopolitique respectif et devenir « invincible » comme par magie. La magie des ressources de l’Empire mais surtout une stratégie quasiment imparable à moins de parvenir au seuil d’un conflit destructeur pour tous. La stratégie se transforme de celle des joueurs à sommes nulles vers une dissuasion agressive à fort potentiel pré-emptif où la réaction éventuelle de l’adversaire enclenche systématiquement un mécanisme de sanctions internationales, de mise à l’écart et enfin l’attaque hybride de son territoire et le changement de son régime politique.

La Russie subira tôt ou tard des attaques de grande ampleur visant son territoire sans qu’il soit possible à Moscou d’utiliser les moyens de la dissuasion nucléaire, jusqu’ici l’ultime rempart contre ce scénario. L’invasion étrangère ou le démantèlement du pays est le cauchemar des Russes puisqu’ils en ont souffert à plusieurs reprises à travers leur histoire mouvementée.

Dans ce contexte, il sera intéressant d’observer la réponse asymétrique d’un pays disposant d’une stratégie totalement opposée à celle de la Russie pour faire face à ce type de péril. La montée en puissance de l’Empire à Taïwan ne fait aucun doute quant à l’issue de cette logique. La Chine ne peut tolérer un autre Israël sur ce qu’elle perçoit comme son propre territoire dans le cadre de la politique d’une seule Chine. Ses adversaires le savent et font tout ce qui est possible pour amener Beijing à agir comme l’a fait la Russie en Ukraine et de manière très tardive puisque le piège s’était presque refermé sur Moscou de l’Arctique jusqu’au Kazakhstan en passant par la Baltique, la mer Noire et la mer d’Azov.

La création de bases militaires à une échelle planétaire ne vise qu’un seul objectif : l’hégémonie mondiale. La mise en place de telles bases militaires se fait par la biais de négociations et d’accords de siège avec les pays concernés, lesquels disposent en général d’un statut à peine meilleur que les anciennes satrapies de l’Empire perse. Dans les zones hautement stratégiques où un acteur étatique est susceptible de créer une zone de déni et d’interdiction, on y créé des acteurs non-étatiques recourant au terrorisme et a la guérilla encadrée sinon à la création de zones d’invincibilité comme le fut Israël au Levant/Moyen-Orient à la jonction de l’Asie et de l’Afrique (fondé par des groupes terroristes comme l’Irgoun, la Haganah, le Betar et d’autres), ou encore maintenant en Europe orientale avec la prise du pouvoir par des groupes idéologiques ultranationalistes de type fanatique à création récente (Bandera). Dans les autres pays de création récente, une simple fièvre nationaliste alliée à l’effondrement de l’échelle des valeurs socio-culturels et une perte de repères induisant un repli de type identitaire basé sur un mythe (extrémistes hindous, holligans, ultra-droite européennne, ultranationalisme de sociétés de création récente en Afrique ou en Asie, etc.) peut être instrumentalisé pour créer le petit léviathan qui servira de cheval de Troie face au Léviathan rival à abattre.

D’où l’enjeu de l’ignorance, du révisionnisme historique avec réappropriation d’éléments historiques, le nivellement par le bas des systèmes de transmission du savoir et le formatage par les réseaux sociaux (fabrique du crétinisme et des mythes). La destruction de l’esprit critique et l’aplatissement social sont des éléments clé de cet aspect de la guerre hybride.

Refaire les mêmes schémas d’approvisionnement logistique que ceux de la Seconde Guerre mondiale est une option économique. Il s’agit de sauver un système économique qui ne peut subsister que pour et par la guerre. Multiplier le modèle israélien à l’échelle géopolitique est une tentative d’accélérer une hégémonie recherchée et écraser définitivement toute résistance à ce projet. Dans un sens, l’humanité sera palestinienne à son corps défendant et devra étudier des moyens de résilience face à une tyrannie technologique axée sur le contrôle et la destruction des humains récalcitrants ou un peu trop lucides pour accepter un esclavage à peine déguisé par un vernis de néolibéralisme proclamé à tue-tête par le matraquage communicationnel mais plus aliénant que toutes les formes précédentes d’esclavage.

C’est là le véritable enjeu du conflit planétaire en cours.

source : Strategika 51



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