Dans l’une des grandes bévues de politique étrangère des temps modernes, les dirigeants américains et européens ont ignoré à plusieurs reprises les avertissements de Vladimir Poutine selon lesquels la Russie ne tolérerait jamais que l’Ukraine devienne un atout militaire de l’OTAN.

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En raison de la résistance des gouvernements français et allemand (qui avait autant à voir avec la corruption chronique de l’Ukraine qu’avec les préoccupations concernant la réaction de la Russie), l’Alliance a retardé l’offre à Kiev d’un plan d’action pour l’adhésion – une étape essentielle vers l’adhésion. Lors du sommet de Bucarest en 2008, les membres actuels de l’OTAN ont ostensiblement insisté sur le fait qu’ « un jour », l’Ukraine rejoindrait l’Alliance, et ils ont répété cette promesse à de nombreuses occasions par la suite.

Pire encore, les responsables occidentaux ont généralement insisté sur le fait que la Russie n’aurait rien à dire à ce sujet. Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, s’est montré particulièrement affirmatif et arrogant à cet égard. Fin 2021, il a radicalement rejeté les demandes de Moscou, qui souhaitait que l’OTAN fournisse des garanties de sécurité contraignantes à la Russie, notamment l’engagement que l’Ukraine ne se verrait jamais proposer l’adhésion et que les forces militaires de l’OTAN ne seraient pas déployées dans ce pays. La réponse de Stoltenberg n’aurait pas pu être plus intransigeante. Affirmant : « L’OTAN a une politique de la porte ouverte. C’est inscrit dans le traité fondateur de l’OTAN… Le message adressé aujourd’hui à la Russie est qu’il appartient à l’Ukraine, en tant que nation souveraine, de décider de sa propre voie. Et aux 30 alliés de l’OTAN de décider quand l’Ukraine sera prête à devenir membre. »

Les responsables occidentaux ont implicitement supposé que la Russie pourrait être intimidée et finalement contrainte d’accepter l’Ukraine comme membre de l’OTAN. Ils n’ont pas tenu compte des avertissements de plus en plus précis du Kremlin selon lesquels les efforts visant à faire de Kiev un atout de l’Alliance franchiraient une ligne rouge qui porterait atteinte à la sécurité de la Russie. Leur hypothèse selon laquelle Moscou accepterait sans broncher une présence de l’OTAN à l’intérieur de la zone de sécurité centrale de la Russie s’est avérée spectaculairement erronée, et l’Ukraine paie aujourd’hui un prix très élevé en argent et en sang pour cette erreur de calcul.

On pourrait espérer que les dirigeants de l’OTAN auraient tiré une leçon importante d’une erreur aussi coûteuse. Mais ils s’obstinent à ignorer une nouvelle série d’avertissements inquiétants de Moscou et, cette fois, le prix d’une telle arrogance pourrait être tout à fait catastrophique. En effet, elle crée le risque d’un affrontement nucléaire entre la Russie et les États-Unis. Dans son premier discours annonçant l’ « opération militaire spéciale » en Ukraine, Vladimir Poutine a averti toutes les parties extérieures (signifiant clairement les membres de l’OTAN) de ne pas interférer. « Quiconque tente d’interférer avec nous […] doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et vous conduira à des conséquences telles que vous n’en avez jamais connu dans votre histoire. » [C’est nous qui soulignons]

Pourtant, l’administration Biden et d’autres gouvernements de l’OTAN se vantent du soutien que l’Alliance apporte à la résistance militaire de l’Ukraine à l’invasion russe. Jusqu’à présent, la pièce maîtresse de cet effort a été l’augmentation des livraisons d’armes à l’Ukraine, notamment des systèmes plus lourds et plus puissants. Le secrétaire américain à la défense, Lloyd Austin, promet que les États-Unis « remueront ciel et terre » pour continuer à armer l’Ukraine. Paul Krugman, chroniqueur au New York Times, se réjouit que les États-Unis soient redevenus « l’arsenal de la démocratie », comme ils l’avaient été pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette politique constitue une entreprise extrêmement risquée qui pourrait faire des États-Unis un belligérant dans une guerre périlleuse. Moscou a déclaré à de multiples occasions que les convois transportant des armes des pays de l’OTAN vers l’Ukraine étaient des cibles de guerre légitimes. Poutine pourrait facilement interpréter la cascade orchestrée par les États-Unis d’armes de l’OTAN pour soutenir la résistance militaire de l’Ukraine comme une ingérence inacceptable. Il en va de même pour une autre mesure de l’administration Biden, à savoir le partage de données de renseignement avec Kiev, voire la fourniture aux forces ukrainiennes d’informations de ciblage en temps réel. Dans un cas, ce partage de renseignements a apparemment permis à l’Ukraine d’abattre un avion russe avec plusieurs centaines de soldats à bord.

Comme ils l’ont fait pendant la période d’avant-guerre, les pays de l’OTAN ignorent les avertissements émanant de Moscou. Adoptant une attitude de défi, ils augmentent au contraire leur aide militaire et créent une véritable guerre par procuration contre la Russie. Les avertissements du Kremlin se font de plus en plus pressants. Poutine lui-même a récemment demandé aux membres de l’OTAN de ne pas mettre la patience de la Russie à l’épreuve en continuant à accroître leur soutien à l’Ukraine. Margarita Simonyan, rédactrice en chef de RT et de Sputnik et proche collaboratrice du président russe, a déclaré que la Russie pourrait n’avoir d’autre choix que d’utiliser des armes nucléaires si la politique occidentale continue sur sa lancée.

Une fois encore, cependant, les faucons de la politique étrangère sont suprêmement confiants dans le fait que la poursuite de la belligérance des États-Unis et de l’OTAN dissuadera le Kremlin. Michael McFaul, ancien ambassadeur des États-Unis en Russie, affirme allègrement qu’il faut ignorer les avertissements de Poutine concernant l’utilisation d’armes nucléaires en réponse à l’augmentation de l’aide militaire occidentale à Kiev. « La menace d’escalade n’est que du vent », déclare McFaul avec assurance. « Poutine bluffe. »

Dans une tribune publiée le 27 avril dans le Wall Street Journal, l’ancien sous-secrétaire adjoint à la Marine, Seth Cropsey, a même souligné que les États-Unis devaient être prêts à démontrer qu’ils « gagneraient » une guerre nucléaire contre la Russie. D’autres faucons font pression sur l’administration Biden pour qu’elle ne cède pas au « chantage nucléaire » de la Russie. Ils semblent sereinement inconscients des conséquences probables s’ils ont tort. Deux analystes ont même critiqué l’administration pour sa crainte excessive d’une « escarmouche » directe avec la Russie, comme si un affrontement avec une grande puissance nucléaire était l’équivalent d’une bagarre dans la cour de récréation d’un collège. Malheureusement, les politiques menées par Washington en déversant des armes en Ukraine et en créant une guerre par procuration contre la Russie suggèrent que les décideurs de l’administration sont presque aussi ignorants des dangers que les ultra-hawks à l’extérieur du gouvernement.

Les responsables occidentaux et les membres des établissements de politique étrangère aux États-Unis et en Europe parlent ouvertement d’aider l’Ukraine à gagner sa guerre et à infliger une défaite humiliante à la Russie. Ce que ces personnes ne semblent pas comprendre, c’est que l’Ukraine est un intérêt vital pour la sécurité de la Russie, et que le Kremlin fera tout ce qui est nécessaire – probablement même l’utilisation d’armes nucléaires tactiques – pour empêcher une défaite. L’incapacité à comprendre l’importance de l’Ukraine pour la Russie a conduit les dirigeants occidentaux à ignorer les avertissements lancés par Moscou pendant plus de dix ans contre la possibilité de faire de Kiev un allié militaire. Pour la même raison, ils semblent commettre une erreur encore plus dangereuse en ignorant la dernière mise en garde de Poutine contre le risque de faire de l’Ukraine un pion dans une guerre par procuration de l’OTAN contre la Russie. Il est impératif de prendre ces nouveaux avertissements très au sérieux et de s’éloigner d’une guerre imminente aux conséquences potentiellement horribles.

Ted Galen Carpenter, chargé d’études sur la défense et la politique étrangère à l’Institut Cato, est l’auteur de 12 ouvrages sur les affaires internationales.



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One thought on “Cette fois, l’OTAN a intérêt à prendre au sérieux les avertissements de Poutine concernant l’Ukraine — Enfant de la Société — Sott.net”
  1. Oui, depuis le début des opérations, disons le, meurtrières, parce que quoi qu’on pense et quel que soit le camp que l’on défend, en tant qu’être raisonné, on ne peut réellement que se flétrir en voyant toutes ces images de corps morts et délabrés qui ne cessent d’apparaitre tous les jours en grands nombres sur nos écrans.
    C’est une catastrophe pour nos esprits de devoir souhaiter que les choses aillent plus vite, plus fort pour le camp qu’on défend afin qu’une issue soit trouvée à ce conflit.
    Oui, depuis le début, le camp occidental, qui est le nôtre, ne cesse de se vanter de ses pitoyables actions qu’il nous dit justes, parce que selon lui, elles défendent “nos” valeurs.
    Si, nous étions dogmatiquement imprégnés par l’affirmation de leur propagande, nous n’aurions qu’à aimer notre camp pour ne pas avoir à émettre de critiques envers lui, mais, ce faisant, nous ne serions que des êtres ennuyeux et ennuyés au sein de cette humanité car convaincus d’être porteurs de vérités sans failles devant être imposées aux autres.
    Et, c’est justement parce que nous aimons nos pays et leurs valeurs et le camp qu’ils forment que nous nous devons d’être les plus critiques vis-à-vis de lui.
    D’une part, on doit préalablement constater que les valeurs socles sur lesquelles reposaient notre éducation occidentale en quelques années ont quasiment toutes disparues, remplacées par un salmigondis intellectuel avec lequel nous ne savons plus où trouvent les points cardinaux, a fortiori la différence entre bien et mal.
    Or, avec ce que nous sommes malgré tout parvenus à préserver de notre lucidité, maintenant que le pire est sur le pas de nos portes, nous savons que notre camp est celui où règne au sommet les plus sots qui soient, car ils savent pertinemment ce que sont les choses et les données réelles de ce à quoi on se confronte, pourtant, ce camp ne dévie pas de sa trajectoire absurde, s’enferme dans les plus inconséquentes postures quitte à aller au clash final.
    Nous, Occidentaux sommes dans l’angoisse et le néant nous fait face, néanmoins, pas d’esprits sérieux à l’horizon.
    Non, ceux qui sont là se prennent aux sérieux, veulent faire croire, à nous, leurs congénères qu’ils sont au-dessus de nous et savent ce qu’ils font, pour autant, nos angoisses ne sont pas rassurées, au contraire, elles empirent.
    Ces gens sont dominés dans leurs têtes par ce qu’ils croient qui les différencie de nous, leurs diplômes, statut social, couleur, culture, fortune, voire intelligence… bref, tout ce pour lequel nombre d’entre-eux ont sué ce qu’ils pouvaient pour vivre cette illusion entregent.
    Mais, il faut faire la différence entre les esprits sérieux et leurs contrefaçons, esprits semblants sérieux, l’illusion.
    Celle, en quête de reconnaissance unanime, qui cherche à imposer, qui méprise pour tenter de convaincre, au besoin humiliera pour la même raison, mais qui au plus profond ‘elle se sait vertigineusement faible mais il lui faut se rassurer à figurer comme étant forte.
    De tels esprits n’accèdent pas au haut-niveau par mérite, non, jamais, c’est la cooptation qui permet ça.
    Et, nous devons voir que dans tout ce qu’on dit pays occidentaux, une quantité généalogique d’absurdes pavoise au haut-niveau.
    Elle est principalement là la cause de la conduite débilitante du monde aux nouvelles valeurs occidentales actuelles.
    Ne pas oser l’admettre et le critiquer fortement, c’est ne pas s’aimer soi-même, alors, la vie des autres…
    Mais, nos vies sont directement concernées là, si nous ne dépossédons pas ces imbéciles du pouvoir dont ils se sont emparés, on va rapidement perdre espoir en nous-mêmes, puis en la vie, et au bout du compte, les imbéciles gagneront parce qu’ils auront accompli le pire, sans avoir cru une seconde qu’il surviendrait.
    Quand quelqu’un braque une arme mortelle devant soi pour une raison provoquée par les deux, mais que l’on sait cette personne sensée, la dernière des choses à lui dire, c’est… vas’y tire!
    C’est exactement ce que font nos imbéciles dirigeants actuels.
    Si, un groupe de personnes agresse, tue ou blesse grièvement un juif dans nos pays, c’est en chœur que l’émotion va se clamer de frontières en frontières.
    Là, la menace de guerre nucléaire est constamment évoquée, où sont les clergés, où sont les hommes et femmes pacifistes prêts à se mobiliser pour défendre la coupe d’un arbre, où est cette jeunesse qui risque de ne jamais vieillir et qui aime faire tapage pour la planète, où sont les aînés qui veulent laisser un monde aux générations suivantes… où sommes-nous?
    Sommes-nous réellement des gens sérieux ou durant tout ce temps nous avons fait semblant de l’être?
    Les Russes ne plaisantent pas, leurs intentions et volontés ne sont pas notre anéantissement, au contraire, ils ne veulent que l’assurance que demain sera serein pour eux tous, longtemps, très longtemps.
    Pour ça, ils sont déterminés à nous faire très, très mal pour que nous ayons la même préoccupation qu’eux de l’avenir.
    Alors, soyons sérieux!

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