Le « petit personnel » n’est pas prêt à tout accepter, même d’un patron de club d’affaires très influent, et même si ce petit personnel en question est féminin. C’est ce qu’a appris Harold Parisot, le président du très prestigieux Chinese Business Club, lors du dernier déjeuner mensuel du club, organisé le 21 avril dernier.

L’entre-soi des gens qui « réussissent »

Qu’est-ce que le Chinese Business Club ? « Le premier club premium d’affaires en France en nombre de sociétés tous secteurs confondus, de start-up, de grandes fortunes, avec autant de sénateurs, de députés, d’ambassadeurs, d’anciens Premiers ministres… Et les plus grosses sociétés chinoises présentes en France », si l’on en croit la description donnée par Harold Parisot, son créateur et dirigeant, au Parisien.

Emmanuel Macron, dont la venue en 2016 a accéléré le succès du club, Nicolas Sarkozy ou encore, contre toute attente, le défenseur du « consommer français », Arnaud Montebourg, ont assisté à un des déjeuners huppés, aux invités triés sur le volet, organisés dans un grand hôtel parisien, afin de favoriser les échanges entre le monde des affaires français et la Chine. Le but des membres du Chinese Business Club : développer leurs « réseaux ». On peut supposer que la méthode Chinese Business Club est efficace, car chacun paie une cotisation annuelle de 9 500 euros HT, et jusqu’à 75 000 euros HT pour les membres « premium or », afin d’avoir le privilège de pouvoir participer aux évènements sélectifs organisés par le club.

Ce 21 avril, comme à chaque déjeuner mensuel du Chinese Business Club, se côtoient des hommes d’affaires influents, des personnalités politiques et médiatiques, et des artistes connus. Ce jour-là, l’invité d’honneur est Frédéric Arnault, directeur général de Tag Heuer, mais on peut aussi croiser, entre autres, Frédéric Mazzela, l’ex-directeur général de Blablacar et actuel vice-président de l’association « France digitale », Ségolène Royal, Michèle Alliot-Marie, le publicitaire Jacques Séguéla, le présentateur de CNews Julien Pasquet, Anne Roumanoff… venus échanger avec des hommes d’affaires chinois ou l’ambassadeur de Chine en France, Shaye Lu, dans les salons du très chic hôtel « Le collectionneur ». Bref, l’entre-soi des gens qui « réussissent ». Et comme à chaque fois, une dizaine de jeunes filles sont venues jouer les hôtesses pour accueillir ce beau monde.

« Croisez et décroisez les jambes, pour voir »

Pour qu’un club soit riche, il faut non seulement des adhérents nombreux, qui paient des droits d’adhésion élevés, mais il faut aussi éviter les dépenses évitables, comme les cotisations sociales pour un personnel vulnérable, tel que des étudiantes aux fins de mois difficiles. Les jeunes hôtesses sont donc payées, au noir, cent euros la journée. Elles fournissent elles-mêmes leur uniforme ; elles ont été informées, avant leur venue, que la robe ou la jupe était obligatoire, tout comme les chaussures plates. Le tout de couleur noir. On leur prête quand même un foulard rouge, assorti à la cravate du chef de cérémonie, Harold Parisot, qui briefe ses troupes avant l’arrivée des invités.

Les jeunes filles, sagement assises, écoutent les consignes, quand l’une d’entre elles se voit demander de « de croiser et décroiser les jambes, pour voir ». Elles doivent ensuite se rassembler autour de leur patron pour une photo. Photo qu’elles seront ordonnées plus tard de publier sur leur compte Instagram, sous peine de ne pas être payées. Les nouvelles recrues sont incrédules, et les anciennes leur expliquent que Harold Parisot vérifie effectivement qu’elles ont bien obéi avant de les payer. Après tout, pourquoi se gêner ? Avec un personnel sans contrat et non déclaré, que risque-t-on ?

Certaines hôtesses ont développé des stratégies pour déjouer ce chantage « paie contre de la publicité sur les réseaux sociaux ». L’une d’entre elles explique à une récalcitrante : « Si tu ne veux pas mettre la photo sur Instagram, tu mets ton téléphone en mode avion, comme ça, elle ne partira pas quand tu vas lui montrer que tu la publies, et quand tu as été payée, tu l’effaces ! ».

On ne peut pas contrôler tout le monde… D’ailleurs, il se trouve que la jeune hôtesse priée de « croiser et décroiser les jambes » a fort mal pris le comportement du président du « club d’affaires le plus influent de France ». Au point qu’elle ose même exprimer le fond de sa pensée sur un groupe Messenger, mis en place pour simplifier la communication entre Harold Parisot et ses employées. Elle s’y indigne d’une injonction qu’elle trouve dégradante et inacceptable, s’interroge sur la nécessité de faire ensuite « la potiche » sur une photo alors qu’elle a été embauchée pour recevoir les invités, et s’insurge de devoir publier ladite photo sur Instagram pour être payée une fois le travail accompli. Elle rappelle enfin au président du Chinese Business Club les termes de la législation sur le harcèlement sexuel, pour conclure : « Je ne pense pas que tu sois à ta première remarque de ce genre, ni à ta dernière, alors garde quand même en tête que ton humour n’est pas seulement lourdingue, mais pénalement répréhensible ».

Pas la « première fois », il semblerait que non. Parce qu’elle exprimait tout haut ce que d’aucunes pensaient tout bas, son message a été photographié. Et FranceSoir a pu le consulter. Mais surtout, comme souvent, il a délié les langues. Si on en croit certains témoignages, le président du Chinese Business Club se sentirait à l’occasion autorisé à mettre une claque sur les fesses d’une hôtesse ou à exiger une bise avant de la payer.

On peut donc s’interroger sur la sincérité des intentions « féministes » de Harold Parisot quand il a décidé en 2016, d’organiser tous les 8 mars, une journée internationale des droits des femmes, un déjeuner réservé exclusivement aux leaders féminines. Sophie Marceau, Juliette Binoche, Carla Bruni et bien d’autres s’y sont succédées comme marraines. Le président du Chinese Business Club déclare dans le magazine du club : « Notre souhait est d’accueillir plus de femmes (pas encore assez présentes) au sein du Chinese Business Club afin de réunir également toute l’excellence chinoise et française au féminin. »

Ou peut-être considère-t-il différemment les femmes « qui réussissent, et celles qui ne sont rien » ?





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