Emmanuel Macron n’a toujours pas nommé de nouveau Premier ministre. Rétif à se faire forcer la main, il temporise aussi parce qu’il peine à trouver le bon profil… Alors que l’union de la gauche est sur le point d’aboutir, la recomposition politique en cours retarde encore sa décision.

Après le refus la semaine dernière de Véronique Bedague (le Parisien), ancienne directrice de cabinet de Manuel Valls à Matignon, l’Élysée a proposé le poste à Valérie Rabault… qui a décliné, selon les informations de BFMTV. Présidente du groupe socialiste à l’Assemblée, la députée explique ainsi sa décision : “La retraite de 65 ans n’est pas nécessaire et c’était un marqueur pour avoir un curseur à droite. Je suis fidèle à mes convictions même si j’ai compris que la ligne que nous portons, celle de la social-démocratie, n’est plus majoritaire dans le pays”. Candidate à sa réélection dans le Tarn-et-Garonne, l’élue confie que “la situation à gauche est extrêmement complexe” et fait part de sa perplexité.

Tic tac…

C’est le dernier épisode – à cette heure – d’un feuilleton qui s’étire : le président réélu a annoncé vouloir confier Matignon à une femme, au profil “attaché à la question sociale, environnementale et productive”, et vouloir charger l’heureuse… nommée de la “planification écologique”. La perle rare est introuvable pour l’instant : Elisabeth Borne, Nathalie Kosciusko-Morizet, Catherine Vautrin… Outre les refus évoqués, plusieurs noms ont circulé, sans qu’aucun ne semble s’imposer. Comme il y a cinq ans, aura-t-on finalement un homme après l’évocation d’une femme ? Il faut à Emmanuel Macron un profil qui ait du poids politique, mais pas trop. Ni susceptible de lui faire de l’ombre un jour, ni insignifiant… 

À cette recherche d’un mouton à cinq pattes s’ajoutent des considérations tactiques : Emmanuel Macron avait laminé le Parti socialiste en 2017, et s’était attaqué une fois élu à la droite de gouvernement, en nommant à Matignon Edouard Philippe, issu des rangs juppéistes, puis Jean Castex en 2020, techno de l’ombre venu de la droite LR lui aussi. “La poutre travaille” (expression d’Edouard Philippe) donc à nouveau à gauche ?

Tactique

La réalité rejoint à nouveau la fiction : baptisée d’un nom quasiment tiré de la série “Baron noir”, la “Nouvelle Union populaire écologiste et sociale” est en train d’accoucher. Côté socialiste, c’est dans la douleur, alors que les Verts et les communistes ont consenti sans trop de difficultés à cette gauche plurielle 2.0, oubliant leurs différends passés et mettant sous le tapis de quelques circonscriptions gagnables leurs désaccords de fond avec LFI (Europe pour les premiers, nucléaire pour les seconds).

Voir aussi : Législatives: accord en vue entre LFI et le PCF, “des points de blocage” avec le PS

Le vaisseau amiral mélenchoniste, auquel se sont amarrées les embarcations de fortune des autres composantes de la gauche, fait-il vraiment peur à l’Élysée ? Au lendemain de la présidentielle, il était peu probable que le désormais fameux “troisième tour” ait lieu. Même avec cette union naissante, le “Mélenchon Premier ministre” reste pour l’instant hors d’atteinte, et il s’en faut de beaucoup. Mais il reste plus d’un mois, etl’hégémonie promise à En Marche à l’Assemblée peut se révéler plus fragile qu’il n’y paraît. L’Élysée surveille de près ce bel attelage de circonstance, avec l’idée de le rogner à la marge, pour l’isoler dans une radicalité repoussoir pour la gauche tempérée.

Mais qui va garder les éléphants ?

C’est une explication de la volonté d’Emmanuel Macron d’installer rue de Varenne une personnalité issue de la gauche : on s’en cache à peine côté LREM, l’objectif est d’achever le Parti socialiste, définitivement écartelé entre le macronisme et le mélenchonisme. François Hollande, Anne Hidalgo, Bernard Cazeneuve, Jean-Christophe Cambadélis et autres éléphants auront beau s’insurger, la vente à la découpe se fera, et ce qu’il reste du vieux parti d’Épinay s’enfoncera dans son agonie. Vassalisé par la France insoumise, sauvant quelques mandats et circonscriptions, sans doute de quoi former un groupe à l’Assemblée, vivotant sur ce qu’il lui reste d’ancrage local, il verra les plus modérés se rallier, bon gré, mal gré, à… Emmanuel Macron.

En se laissant du temps, Emmanuel Macron court le risque de donner le sentiment d’une vacance du pouvoir, d’hésitations malvenues, à peine animées par le retrait de Coralie Dubost – probablement “débranchée” par l’exécutif deux jours après des révélations de Mediapart sur ses frais de mandat. C’est sans doute parce qu’il observe attentivement la tectonique des plaques partisanes, pour continuer son œuvre de destruction des anciens grands partis de gouvernement. Avec en ligne de mire le PS, donc, mais les Républicains, à genoux après la défaite de Valérie Pécresse, ne seront pas oubliés : leur tour viendra, les tentatives de débauchage allant déjà bon train, avec pour rabatteurs ceux qui ont déjà franchi le Rubicon (Thierry Solère, Christian Estrosi…).

Enfin en (ordre de) marche ?

Toujours rien pour Matignon ? Au moins, le reste avance : FranceInfo annonçait hier matin que le président avait examiné une à une les investitures En Marche avant de les valider. Hier après-midi, la présidence faisait savoir à l’AFP qu’il serait investi samedi à l’Élysée, au cours d’une cérémonie “sobre” et “dans le respect des principes républicains”.

Pour la suite, le président de la République devra sembler plus tranchant s’il veut confirmer sa réélection avec une majorité de députés à sa main : les tergiversations qui transparaissent ces derniers jours illustrent que, si la balle reste dans son camp d’un point de vue institutionnel, son chemin politique est en réalité bien plus étroit que la marge de sa victoire nette au deuxième tour.





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