LIVRES, BD

Un monde qui fond

« Si on veut vraiment être responsable, il ne faut pas partir en montagne. » Cette phrase illustre le paradoxe qui étreint tous les amoureux des hautes cimes. Comment éviter les conséquences dramatiques de notre engouement pour la montagne, notamment les pratiques hors-pistes, sur la protection des espèces sauvages. Comment trouver un équilibre ? Comment instaurer une « colocation équitable » avec le vivant, s’interroge le philosophe Baptiste Morizot, abondamment cité dans ce livre ?

Cette enquête journalistique nous donne quelques pistes de réflexion, en nous incitant à repenser nos rapports avec la faune et la flore, à descendre de notre piédestal d’humain. Le journaliste Camille Belsoeur nous emmène sur les traces des lagopèdes alpins, gypaètes barbus, lièvres variables, tétras lyre ou bouquetins qui doivent se réfugier toujours en altitude pour échapper à la hausse des températures. Il prend le temps de pister ces espèces, de mieux les connaître en compagnie des scientifiques qui les étudient. Ses reportages veulent nous émouvoir, nous faire réfléchir sur nos pratiques de montagnards et surtout mettre des mots sur la faune et la flore qui nous entoure. « Un premier pas pour renouer notre lien avec notre environnement. »

Un monde qui fond, de Camille Belsoeur, éditions Arkhé, mars 2022, 224 p. 18,50 euros.

Révoltes animales

Le capitalisme a privé les animaux de leur liberté. Et nous en sommes complices. À d’autres époques pourtant, les révolutionnaires éprouvaient le besoin de rendre leur liberté aux pigeons enfermés dans les colombiers des grandes familles aristocratiques ; et le prolétariat new-yorkais, qui vivait au quotidien avec les cochons, tissait des alliances avec les porcs pour faire obstacle aux projets de métropolisation des bourgeois de Manhattan.

Pour sortir de l’impasse, le végétarisme ne doit pas seulement changer notre manière de consommer, mais transformer aussi notre intelligence et notre sensibilité, incite Fahim Amir dans ce livre. Car, tout comme les humains, des animaux révoltés sont entrés en lutte.

Révoltes animales, de Fahim Amir, éditions Divergences, avril 2022, 176 p. 17 euros.

Mon tour du monde en 80 tortues

Sortez de vos carapaces, voici un carnet de voyage à la rencontre des chéloniens, cette étrange famille apparue il y a 220 millions d’années. « De la tortue qui vocalise sa partenaire pendant l’accouplement à celle qui creuse des terriers de 15 mètres de longueur dans les sables du Sahel, en passant par la tortue plate et souple comme une crêpe qui se cache entre les roches ou par l’effrayante tortue alligator qui agite un appât de chair rose pour attirer ses proies » : Bernard Devaux, naturaliste et cinéaste, propose un récit léger, truffé d’anecdotes croustillantes et d’infos naturalistes. On regrette le bilan carbone de ce genre d’ouvrage — combien de billets d’avion et d’excursion en jeep ? — et le ton parfois trop exotisant de certaines descriptions. Les amoureux et amoureuses des tortues (dont je suis) y trouveront tout de même le plaisir émerveillé de la rencontre avec ces animaux préhistoriques et menacés. Les autres pourront passer leur chemin.

Mon tour du monde en 80 tortues, de Bernard Devaux, éditions Delachaux et Niestlé, février 2022, 496 p. 22,90 euros.

La malédiction du cordon bleu

Cordon bleu, Nutella, yaourt aux fruits, biscuits industriels, pain de mie, glaces… Leur point commun ? Ces aliments sont « ultratransformés ». Ils remplissent pourtant nos placards et notre frigo : un Français en achète en moyenne 125 kg par an. Ils dominent les rayons des supermarchés. Les études montrant la nocivité pour notre santé pleuvent. Mais les lobbys de l’agro-industrie veillent : leur consommation continue d’augmenter dans le monde. Voici le constat dressé par cette bande dessinée à la fois drôle, didactique et remplie d’informations essentielles. Autant d’ingrédients qui en font un outil très utile pour combattre la malbouffe.

La malédiction du cordon bleu, de Vrob, éditions Thierry Souccar, avril 2022, 109 p. 18,90 euros.

Vivre sous la menace

Dans Vivre sous la menace, le chercheur Stefan Le Courant, récemment rencontré par Reporterre, montre comment les politiques de répression envers les sans-papiers façonnent des vies, même en dehors des murs des locaux de rétention. Pendant plusieurs années, il a suivi le quotidien d’une quarantaine d’étrangers, qu’il a accompagnés dans leurs démarches de régularisation à la préfecture, chez leurs avocats, aux permanences associatives, ou suivis à leur domicile. « Quitter la rétention m’a permis de découvrir la diversité des vies que le traitement policier indifférencié dissimulait », écrit-il. Son enquête représente, pour l’anthropologue de l’exil Michel Agier, qui en a écrit la préface, une « description minutieuse de manières de vivre avec la peur », de l’arrestation, de l’enfermement ou de l’expulsion qui « frôlent » l’existence en permanence. Des menaces « qu’il faut savoir vite repérer sur un uniforme, un véhicule, un brassard, un talkie-walkie qui grésille ».

Vivre sous la menace, de Stefan Le Courant, éditions Seuil, avril 2022, 368 p. 23 euros.

La Révolte — Enquête sur les jeunes élites face au défi écologique

La journaliste Marine Miller travaille depuis 2016 au service Campus du journal Le Monde. À ce poste, elle a observé comment, peu à peu ou brutalement, les jeunes diplômés se retrouvaient, confrontés à la crise écologique, « en pleine perte de sens ». Dans ce livre fouillé, elle dresse le portrait d’une génération en pleine révolte. Romain, ancien trader qui vit désormais en Haute-Corse, « en dehors du capitalisme » ; Régis, polytechnicien devenu Gilet jaune qui porte une parole de gauche radicale au sein de l’école ; et bien d’autres. Ils et elles démissionnent, changent de vie, deviennent paysanne, réparateur de vélo ou prof de collège ; investissent zad et écolieux. Entre radicalisation, reconversion et retour à la terre, les chemins de traverse que la journaliste nous invite à explorer sont multiples et passionnants.

La Révolte — Enquête sur les jeunes élites face au défi écologique, de Marine Miller, éditions Seuil, octobre 2021, 240 p. 19 euros.

Nucléaire, stop ou encore ?

L’énergie nucléaire serait devenue intouchable du fait qu’elle n’émet presque pas de CO2. Mais peut-on développer une filière sans analyser son dossier économique ? Et sans regarder si d’autres moyens, pour atteindre le but souhaité — réduire à zéro les émissions de gaz à effet de serre —, ne sont pas moins dispendieux et dangereux ? C’est ce travail essentiel qu’a entrepris Antoine de Ravignan, journaliste à Alternatives économiques, au fil d’une démonstration impeccable, appuyée sur une connaissance détaillée des dossiers, mais sur un ton toujours compréhensible et clair. Il montre que le choix du nucléaire, engagé par le nouveau président Macron, repose sur des hypothèses économiques très fragiles, et que cette voie doit être soigneusement évaluée avant toute réelle décision. Car « les incertitudes et les coûts du nouveau nucléaire sont tels qu’aucun projet ne pourra voir le jour sans que le contribuable soit mis à contribution ». Il faudrait un vrai débat, autour des faits. Pour l’instant, les dirigeants s’y refusent. Le livre d’Antoine de Ravignan, avec d’autres enquêtes qui se multiplient, contribuent à ce que l’on rouvre la porte de la discussion.

Nucléaire, stop ou encore ?, d’Antoine de Ravignan, éditions Les Petits matins, mars 2022, 336 p. 17 euros.

Santé publique année zéro

Le Covid-19 a disparu de la scène publique, mais il est toujours là, et restera. Le moment est idéal pour réfléchir à ce qui nous est arrivé, et comment affronter les pandémies à venir, qu’il s’agisse d’un Covid renouvelé ou d’une autre. C’est le travail qu’ont mené deux spécialistes de la santé publique, Barbara Stiegler et François Alla. Dans cet essai, ils reprennent à grands traits la gestion étatique de la pandémie, ses incohérences, ses excès et ses mensonges. Surtout, ils montrent que, alors que durant la pandémie du sida une « démocratie sanitaire » avait pu prendre corps, un énorme recul s’est opéré depuis trente ans, conduisant à un libéralisme autoritaire qui dénie aux individus et aux collectifs la capacité même de se soigner, et niant l’importance des inégalités dans la vulnérabilité à la maladie. Si nous voulons vivre libres et en bonne santé, il nous faut redonner force à la démocratie et à la responsabilité, défend ce texte dense et important.

Cultiver les champignons, c’est facile !

Quelle mystérieuse famille que celle des champignons. On en a répertorié 140 000 espèces dans le monde, dont 14 000 en Europe de l’Ouest, nous apprend ce manuel. Court, didactique et détaillé, il apparaît comme un bon guide pour qui souhaite apprivoiser les champignons cultivables et comestibles. Après une introduction qui instruit l’amateur sur la reproduction des champignons et leurs différentes familles, toute une série de techniques de culture est présentée. Des plus simples, à base de marc de café et morceaux de pleurote dans un bocal, aux plus compliquées, pour lesquelles une stérilisation poussée du matériel est requise. Il y en a pour tous les goûts et les compétences : la culture est possible dans sa cuisine, sa cave, son jardin, sa pelouse, son salon, sur paille sciure, bûches, marc de café, etc. Et même celui qui préfère la déambulation dans la forêt et les prairies est utilement éclairé.

Cultiver les champignons, c’est facile ! de Sylvia Hutter, éditions Terre vivante, février 2022, 128 p. 17 euros.

REVUES

Mille Cosmos, no 1

Youpi ! Une nouvelle revue « à la croisée des luttes écologistes, queer, féministes, sociales et autochtones ». Pour « inspirer et nourrir des cosmologies opposées à la destruction du vivant », Mille cosmos se veut foisonnante, multipliant, en 120 pages, les points de vue et les thématiques. Dans ce premier opus, on trouvera une série photographique sur la « non-histoire des ruches », un texte de la porte-parole du peuple inuit, un article d’un astrophysicien sur la descente énergétique… Le dossier central, consacré aux écologies déviantes — à l’intersection des luttes écolo et queer — explore les dissidences gays, les vies sexuelles des plantes et des pingouins, le tout accompagné des lumineuses peintures de Pauline Barzilaï.

La Revue dessinée, no 35

La tête pleine du travail, de l’écran, des enfants, du tourbillon de la vie quotidienne, il est parfois difficile de se décider — en plus — à ouvrir un journal une fois enfin posé sur son canapé. Heureusement, il y a la Revue dessinée pour nous détendre les mirettes avec ses belles couleurs. Journalistes et dessinateurs s’y associent pour nous immerger dans l’actualité. Ce cru printanier nous offre notamment une très belle excursion dans le massif du Mont-Blanc, contant la détresse des guides de haute montagne face au changement climatique. Rien de plus éloquent que le dessin pour voir le paysage qui s’effrite à travers leurs yeux. On se change les idées avec la douce drôlerie d’un film du réalisateur japonais Yasujirō Ozu dans la « revue des cinés » ; on profite d’une mise à jour historique bienvenue sur la prétendue dangereuse jeunesse des quartiers ; on reprend espoir en suivant les expériences locales de listes citoyennes ; on s’indigne avec l’enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française… Beaucoup de sujets que ne renierait pas Reporterre.

La Revue dessinée, no 35, éditions La Revue dessinée, printemps 2022, 224 p. 18 euros.

À VOIR

Diamant palace

C’est un vrai bijou de vidéo, ce Diamant palace : il nous fait voir la ville sous un angle inattendu, nous entraîne dans un théâtre aux activités improbables, nous raconte la nature par la voix tranquille de Philippe Descola, et il nous fait réfléchir à l’écologie sans jamais nous ennuyer ou nous donner l’impression d’apprendre. Voilà 30 minutes de pur bonheur, où l’intelligence se mêle à un humour subtil et léger. Cette œuvre originale a été créée par l’équipe du Biais vert, dont de nombreux internautes écolos se souviennent : un journal régulier sur l’écologie, animé par Félicien Bogaerts. L’équipe est arrivée au bout de l’expérience, et a totalement renouvelé sa démarche, en produisant cette série, Diamant vert, à l’interface de l’art et du documentaire, dans une mise en scène imaginative. Plusieurs épisodes sont déjà proposés en accès libre, dont voici le premier, « La nature n’existe pas ». Un bon moment garanti.

Diamant palace, par Félicien Bogaerts, Elias Sanhaji et Ilyas Sfar, disponible sur YouTube, épisodes de 28’.

Les Piafs (Partager c’est sympa)

Naguère, l’équipe de Partager c’est sympa suivait les luttes de mois en mois, convaincue que l’écologie ne pouvait passer que par l’activisme. Un travail utile et largement suivi. Et puis, le temps a passé, et comme dans toute histoire, il y a eu pour l’équipe l’envie de tourner la page. Après quelques mois de réflexion et sans doute de pause après des années bien occupées, Vincent Verzat est reparti… à la découverte de la nature. En passant par le constat que l’écologie implique aussi un rapport sensible au monde, une intimité avec ce qu’on appelle nature, une plongée dans les herbes et les forêts.

Et cela donne de beaux reportages naturalistes, dans lesquels, fidèle à sa méthode, Verzat se met en scène, nous entraînant, avec l’appui de naturalistes chevronnés, dans des découvertes d’un monde loin de la ville. Ce numéro sur les chants d’oiseaux, avec Julien Perrot, l’animateur de l’excellente revue La Salamandre, est un enchantement : nous apprenons avec étonnement les mille langages de nos indispensables compagnons ailés.

Les Piafs : Apprendre à les reconnaître, c’est la BASE ! Ft. Julien Perrot @La Minute Nature, Partager c’est sympa, réalisé par Vincent Verzat, disponible sur YouTube.

À portée du sauvage

Durant six mois, le réalisateur Lucas Hobé a suivi le photographe animalier

Éric Médard pour filmer la riche faune sauvage de Mayenne, méconnue. Ensemble, de la maison d’Éric, située au Bourgneuf-la-Forêt, à la forêt du département, en passant par l’étang de Juvigné, par les champs du pays de Craon et jusqu’au bord de la rivière Mayenne, ils sont allés à la rencontre de la martre, du blaireau, de la bergeronnette des ruisseaux, du busard cendré ou encore de l’épervier.

À portée du sauvage, réalisé par Lucas Hobé. Accessible sur France TV, 27’.

La Fabrique des pandémies

Ces dernières semaines, le brouhaha électoral aura presque occulté la pandémie de Covid-19. Pourtant, cette zoonose, d’origine animale, est loin d’avoir disparu et risque même d’être la première d’une longue série si l’on continue à saccager notre planète. Cette terrible et réaliste conjecture est au cœur du documentaire de Marie-Monique Robin. La réalisatrice, connue notamment pour son travail sur Monsanto, est partie à la rencontre de scientifiques dans huit pays sur quatre continents : Gabon, États-Unis, Thaïlande, Mexique, Kenya, Madagascar, Kenya, Guyane. Son objectif : démontrer grâce aux travaux de ces chercheurs, l’intérêt de préserver la biodiversité pour épargner notre santé. Elle n’est pas partie seule : l’actrice Juliette Binoche était du voyage, jouant le rôle tantôt naïf tantôt incisif d’une femme confrontée aux ravages subis par les écosystèmes du monde entier. Les connaisseurs des liens entre Covid et biodiversité, largement évoqués dans Reporterre, ne seront pas surpris. Mais retrouveront ici des arguments chocs, notamment le concept de dilution, qui montre que plus la biodiversité est hétéroclite, moins les maladies infectieuses se propagent.

Pour bien le comprendre, l’un des scientifiques interrogés déploie deux cartes qui se superposent parfaitement : celle des zoonoses et celle des espèces en danger. Bien entendu, la conclusion de ce documentaire ressemble à tout ce qu’on a déjà pu voir et lire partout, agir sans tarder pour préserver la planète. Il s’inscrit d’ailleurs dans la droite ligne des films écolos dont les équipes font le tour du monde en avion pour tourner leurs images, accentuant ainsi quelque chose qu’ils dénoncent. Mais ses images magnifiques, sa mise en scène dynamique, ponctuée de sublimes dessins d’animaux de la dessinatrice Valentine Plessy, sa pédagogie — et sans doute la présence de Juliette Binoche — devraient lui permettre de toucher un public plus large que les écolos convaincus. Et de rappeler une évidence qu’il fait bon de marteler : l’espèce la plus dangereuse sur Terre, c’est nous.

La Fabrique des pandémies, réalisé par Marie-Monique Robin, avec Juliette Binoche, mai 2022.

Médicaments : les profits de la pénurie

Sarah, 19 ans, souffre d’allergies aiguës depuis sa naissance. Zélie, 10 ans, est atteinte de la mucoviscidose. Aucune ne peut se soigner correctement, en raison d’une pénurie de médicaments et de produits sanitaires. En deux décennies, celle-ci a été multipliée par vingt en Europe. Le continent est désormais dépendant du marché extérieur en matière de soins.

Ce documentaire réalisé en Asie, en Europe et en Amérique latine met en lumière la pression exercée par les laboratoires auprès des gouvernements afin de garder leurs marges. Ils retirent par exemple leurs produits du marché, ou exportent leurs industries à l’étranger pour profiter de normes environnementales plus laxistes qu’en Europe. En Inde, des entreprises pharmaceutiques déversent ainsi des eaux usées directement dans la nature. Enquête.

Médicaments : les profits de la pénurie

Médicaments : les profits de la pénurie, de Xavier Deleu et Rozenn Le Saint. Disponible sur Arte Replay ou YouTube, jusqu’au 23 août 2022. 90’.

Désobéissant·e·s !

D’avril à mai sur Tënk, retrouvez l’escale « La chose politique » en partenariat avec Reporterre et d’autres médias. Notre journaliste Laury-Anne Cholez s’est prêtée au jeu et a sélectionné le film Désobaissant·e·s d’Alizée Chiappini et Adèle Flaux. Voici un extrait de son avis :

« Élodie, Pauline, Sandy, Gabriel et Elliot ont décidé de se donner corps et âme pour défendre leurs idées et s’engager dans la désobéissance civile. Un documentaire intimiste et émouvant qui laisse une question en suspens : désobéir sera-t-il suffisant pour changer le cours des choses et faire émerger une société plus soutenable ? »

Désobéissant.e.s !, d’Alizée chiappini et Adèle Flaux (2019), à voir sur Tënk. Découvrez la plateforme et profitez d’une semaine de visionnage.


À ÉCOUTER

Phaune Radio

Connaissez-vous Phaune Radio, « l’univers de créations sonores faites maison », comme disent les joyeux bénévoles de cette webradio indépendante ? Non ? Alors il vous faut vous jeter un soir dans ce salutaire bordel d’inventivité sonore et de curiosité à l’égard de tout le vivant. Perdez-vous au sommet d’une falaise sculptée par le temps, dans le souffle des dunes, le chant de l’ours ou retrouvez-vous avec l’explorateur sonore et ethnographe Vincent Moon, qui vous fera découvrir le son du plancton et le chant de Justina, chamane du Pérou. En bref, des podcasts, des séries, des rencontres, de la musique qui donne une folle envie d’aller faire un tour, et en direct sur le web à partir de 22 heures.


ART

Réclamer la terre (à Paris)

« Rassembler écologie, féminisme, socialisme et politiques autochtones signifie renoncer à la vision eurocentrique pour adopter un regard véritablement global. » Tel est le constat sur lequel s’appuie cette exposition collective de quatorze artistes, mettant en avant des œuvres qui sont simultanément des médiums, des vecteurs culturels et politiques, mais aussi des outils pour travailler la terre.

© Réclamer la terre/Palais de Tokyo

Réclamer la terre, exposition au palais de Tokyo (Paris), jusqu’au 04/09/2022. 12 euros.

Violaine Lochu — Hybird

Extrait de Hybird, performance, Violaine Lochu, 30 min, 2017

Entre 2016 et 2017, la performeuse et chanteuse Violaine Lochu a vécu plusieurs mois en Laponie, parmi les Samis. Elle en a rapporté une saisissante performance, inspirée par le joik, chant same de tradition chamanique. Redéployant la mythologie de la femme-oiseau, cette œuvre tisse un troublant réseau vocal de métamorphose entre voix féminine et sons d’oiseaux entendus sur place, comme le lagopède des saules ou le grand tétras. D’où son nom : Hybird, pour « hy-bride » et « bird », oiseau en anglais. Pour ceux qui n’auraient pu voir cette performance « descolienne » en avril en Haute-Garonne, la voici ci-dessus dans sa version de 2017.

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