Protéger bec et ongles le droit à l’interruption volontaire de grossesse et accueillir toutes les femmes qui n’y auraient pas accès dans leur Etat: la Californie sonnait mardi la mobilisation générale après la révélation d’un projet de décision de la Cour suprême revenant sur cet acquis.

“Nos filles, nos soeurs, nos mères et nos grand-mères ne seront pas réduites au silence”, a réagi sur Twitter le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom. “Le monde s’apprête à entendre leur furie. La Californie ne restera pas les bras croisés. Nous allons nous battre comme des diables”, a-t-il promis, peu après la publication du document par le site Politico lundi soir.

Dans la foulée, le gouverneur et les leaders du parlement de l’Etat américain le plus peuplé et le plus riche annonçaient “un amendement pour inscrire le droit de choisir dans la Constitution de notre Etat”.

“Nous savons que nous ne pouvons pas faire confiance à la Cour suprême pour protéger les droits reproductifs, donc la Californie va ériger un pare-feu autour de ce droit dans notre Constitution”, écrivent-ils.

Certes, cet amendement, qui devrait être soumis aux voix lors des élections de mi-mandat en novembre prochain, aura essentiellement une portée symbolique, de multiples lois garantissant déjà le droit à l’IVG sur le sol californien.

Mais c’est précisément le but de cette annonce: faire savoir à toutes les femmes résidant dans des Etats qui s’empresseraient de restreindre voire d’interdire l’avortement, que la Californie, bastion démocrate, continuera à les accueillir.

“Nous n’abandonnerons pas les femmes et les familles touchées par les politiques rétrogrades et irresponsables d’autres Etats”, a promis mardi lors d’une conférence de presse la présidente par intérim du Sénat californien, Toni Atkins, s’engageant à ce que “la Californie continue à être une lueur d’espoir” pour elles.

– Une femme sur quatre –

Selon l’Institut Guttmacher, si la Cour suprême décide bien dans quelques semaines de revenir sur l’arrêt “Roe v. Wade” de 1973 (selon lequel la Constitution américaine garantit le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n’est pas “viable”), 26 Etats américains décideraient “certainement ou probablement” d’interdire l’IVG sur leur territoire.

Une étude publiée récemment dans la Revue américaine de santé publique conclut que près d’une femme sur quatre aux Etats-Unis aura recours à une IVG avant d’avoir atteint l’âge de 45 ans.

“Cela ne va pas soudainement cesser parce que des politiciens extrémistes auront décrété des interdictions, ce besoin restera!”, a tonné Jodi Hicks, présidente de l’organisation Planned Parenthood en Californie, qui administre environ la moitié des 165 centres d’IVG que compte cet Etat.

“Il s’agit de dignité, de la santé des gens et de leur trajectoire vers l’avenir”, insiste-t-elle, évoquant le cas des jeunes femmes sans ressources et vulnérables qui seront contraintes de voyager hors de leur Etat pour avorter.

“Nous savons bien que ce type d’interdiction affecte de manière disproportionnée les gens à faibles revenus, les gens de couleur (…) Nous savons aussi que les gens qui veulent une IVG et à qui on la refuse ont quatre fois plus de risques que les autres de finir dans la pauvreté”, faute de pouvoir saisir des opportunités d’études ou d’emploi, ajoute Mme Hicks.

Planned Parenthood indique avoir traité chaque mois en Californie au moins 80 patientes originaires d’autres Etats depuis septembre dernier, lorsque le Texas a considérablement durci les conditions pour avorter.

Son antenne de Mar Monte, qui couvre le nord de la Californie et le Nevada voisin, se prépare à accueillir entre 250 et 500 patientes supplémentaires par semaine si “Roe v. Wade” est cassé.

Un nouveau centre d’IVG sera ainsi ouvert à Reno, près de l’aéroport et d’autres plateformes de transport, pour faciliter la venue des femmes provenant d’autres Etats, indique Planned Parenthood sur son site internet.

La Californie, qui s’était illustrée par son opposition farouche à la politique ultra-conservatrice de l’ancien président Donald Trump, avait déjà adopté en 2014 une législation contraignant les employeurs et les assurances privées à inclure dans leur couverture santé le remboursement des IVG.





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