Le 1er mai, jour de la manifestation qui fit bien des dégâts à Paris, Mélenchon se sentait pousser des ailes. « Le 3 mai prochain, à la mémoire du Front populaire, nous aurons signé et nous aurons la nouvelle Union populaire », lançait-il. À gauche, le souvenir de l’installation du Front populaire, le 3 mai 1936, demeure une forme d’Austerlitz électoral. Une victoire fétiche et inspirante. Mais voilà, méfiez-vous des imitations, comme dit la publicité. Cette union de la gauche tient davantage du Radeau de la Méduse que de la grande armée.

Pour plusieurs raisons. D’abord, le Front populaire arrive au pouvoir en 1936 sur une victoire éclatante, avec une large majorité née d’une alliance à la Chambre quand Mélenchon, lui, vient de rater la marche de la présidentielle et pourrait faire entrer 90 députés maximum à l’Assemblée, selon le dernier sondage Challenges. Surtout, de manière structurelle, l’alliance de 1936 se construit autour de partis de centre gauche auxquels se rallie un parti d’extrême gauche. Une fois les bulletins dépouillés, deux ans après le coup de chaud du 6 février 1934 qui a fait trembler la République des instituteurs et des ouvriers, les radicaux et autres divers gauche occupent 167 sièges, devant la SFIO, équivalent du PS actuel, avec 147 sièges. À eux deux, ces partis de centre gauche détiennent la majorité. Le Parti communiste, avec 72 sièges en 1936, arrive en appoint. Au total, cette alliance tripartite détiendra ainsi 386 sièges sur 610, soit une écrasante majorité face à une droite réduite à 222 sièges ! Mais le rêve de 36 a bien peu de chance de se répéter cette année.

En 2022, les projections Harris Interactive pour Challenges (datées de ce 3 mai) projettent aussi une marée écrasante de 336 à 376 sièges pour un parti (hypothèse avec union). Mais il s’agit de… LREM, le parti présidentiel de centre gauche et ses alliés. En face, le RN allié à Reconquête et Debout la France (s’ils parviennent à une alliance…) obtiendrait 110 à 140 sièges. Selon cette étude de Challenges, le groupe de Jean-Luc Mélenchon allié au PS, au PC et à EELV n’arriverait, lui, qu’en troisième position, avec 70 à 90 sièges. On est loin du raz de marée du Front populaire.

Mélenchon a beau se rêver en Premier ministre élu par acclamation, sa Nouvelle Union populaire écologique et sociale, si elle voit le jour, a toutes les chances de tenir davantage du radeau de la Méduse que de la Grande armée napoléonienne. Certes, La France insoumise a fait un beau score aux présidentielles, même si le parti arrive derrière le Rassemblement national. Mais, à ses côtés, le parti de Mélenchon n’a ni l’énorme SFIO de 36, ni les Radicaux, ni le PC de la splendeur : seulement un PS sous la barre des 2 %, un PC à 2,28 % et des Verts à 4,63 %. Soit 10 % à gratter, grand maximum. Ce mini-Front populaire, ce Front populaire des perdants n’a à ce stade aucune chance d’accéder au pouvoir, en tout cas, bien moins que LREM et le RN. Et c’est logique. On n’a jamais vu un parti extrémiste et communautaire rassembler sous sa bannière moins à gauche que lui. Lors de l’union de la gauche mise en place par Mitterrand, le PS étouffe le PC.

La Nouvelle Union populaire n’étouffe rien du tout. Rappelons que, ironie de l’histoire, c’est cette assemblée du Front populaire chantée aujourd’hui par Mélenchon qui votera les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Mélenchon n’en est pas là, mais cet avocat infatigable d’un communautarisme musulman cuisiné à la sauce Chávez promet à la gauche des lendemains qui déchantent. La France, elle, ne s’en plaindra pas…





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