C’était le 5 janvier dernier. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, faisait le SAV après les propos d’Emmanuel Macron sur son envie d’emmerder les non-vaccinés. On sait, depuis, que c’était… affectueux ! Il l’aurait dit d’emblée à l’époque, on aurait compris et les gens lui en auraient été reconnaissants. Passons. Donc, le 5 janvier, conférence de presse durant laquelle le marchand de vaisselle au kilo tint ces propos : « Quand vous discutez avec des Français aujourd’hui, une très grande majorité vous dit de ne pas soigner les personnes non vaccinées. Nous avons toujours fait le choix de soigner tout le monde… » C’est beau, tout de même, un gouvernement qui fait des choix éthiques en passant outre l’opinion lorsque celle-ci a des instincts bas et malsains allant à l’encontre des « valeurs que l’on porte » très fort et très haut.

Cela dit, comment ne pas douter de la sincérité de ces belles paroles lorsqu’on apprend, par Le Monde (4/5/2022), que ce même gouvernement, durant la crise du Covid, a commandé des sondages sur l’éventualité de refuser les personnes non vaccinées en réanimation et sur le déremboursement de leurs frais d’hospitalisation ? Ils ont donc osé y penser ? Car ne me dites pas que l’on commande des sondages – au prix où ça coûte, nous y reviendrons – pour le plaisir, histoire de savoir, comme ça. C’est donc qu’ils ont imaginé l’éventualité. Procès d’intention, me direz-vous ? Peut-être, mais ça ne viendrait à l’idée de personne « en responsabilité » de sonder l’opinion, par exemple, sur le rétablissement du chat à neuf queues sur les bâtiments de la Royale ou de la roue pour punir les délinquants de la route. Donc, ils y ont songé.

Heureusement, me direz-vous, « l’opinion n’était pas prête », comme on dit. 82 % des sondés étaient contre le refus de la réanimation aux non-vaccinés, 71 % contre le déremboursement des frais d’hospitalisation. De beaux restes, dans notre « cher et vieux pays ». Quelque part, c’est rassurant.

Or, lorsque Attal s’exprimait le 5 janvier, on peut imaginer qu’il connaissait les résultats de ces sondages, ou alors, c’est à désespérer du gouvernement. Donc, lorsqu’il affirmait, avec l’assurance d’un pilier de café du commerce, qu’une grande majorité des Français était favorable à ce que l’on ne soigne pas les non-vaccinés, il nous racontait des carabistouilles, pour reprendre le langage désuet de son Président. En clair, il se foutait de nous. Mais, semble-t-il, beaucoup aiment ça et en redemandent.

Des sondages, donc, durant la crise du Covid, il y en a eu tout plein, nous dit Le Monde. « Un niveau inédit », souligne le journal du soir : 225 études, plus de deux millions d’euros en deux ans. Il est vrai que la crise, elle aussi, était inédite. Le grand sondeur d’Ipsos, Brice Teinturier, justifie ainsi cette soif sondagière du gouvernement : « Face à une crise évolutive, il fallait un suivi fin et régulier. Il y avait un réel enjeu de savoir si la population se lassait progressivement ou si elle jouait le jeu. »

Capital rapportait, en juin dernier, que le Service d’information du gouvernement (SIG), chargé de faire passer les messages gouvernementaux (on ne dit pas « propagande ») et de cerner l’opinion, avait doublé son budget sur la seule année 2020, passant de 14 à 28 millions d’euros. Toujours selon Capital, entre le 5 mars et le 28 mai 2020 (en pleine crise Covid), l’Élysée avait commandé pas moins de 33 sondages pour un coût avoisinant le million d’euros.

Reste à savoir si cette cascade de sondages fera autant de bruit que les fameux sondages de l’Élysée sous Sarkozy. Selon Les Échos, entre 2007 et 2012, la présidence aurait commandé des sondages pour un montant de 7,5 millions d’euros, soit, en moyenne, 1,5 million d’euros par an. Ces sommes avaient été engagées en l’absence de publicité et d’appel d’offres, comme l’exige le Code des marchés publics. Chose qui ne risque pas d’arriver à Emmanuel Macron et à son gouvernement qui appliquent à la lettre ce fameux code : on se souvient de la réponse de Macron sur l’affaire McKinsey : « Que ça aille au pénal ! »

Maintenant, positivons : si, avec tous ces sondages, Emmanuel Macron ne connaît pas les Français…





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