Par Erwan Castel pour Alawata-rebellion

Parallèlement à la deuxième phase opérationnelle des « opérations militaires spéciales » russes en Ukraine engagée en avril en donnant priorité au contrôle total du Donbass, les pays de l’OTAN ont radicalement intensifié leurs aides militaires lourdes aux forces ukrainiennes, obligeant Moscou a lancé un avertissement diplomatique fort aux occidentaux et le lieutenant-général Alexandre Dvornikov a intensifier également les campagnes de bombardements des forces aérospatiales russes contre les objectifs militaro-industriels et surtout à les étendre aux réseaux ferroviaires et routiers logistiques par où transitent ces armes et munitions occidentales. Pour ces destructions des réseaux et dépôts logistiques ukro-atlantistes, les forces russes utilisent principalement des missiles ultra-modernes de hautes précisions et puissance contre lesquels il n’existe pas encore de parade.

Certains dépôts logistiques détruits, à Lvov mais aussi à Zaporodje, Dnipropetrovsk, Kiev et d’autres secteurs interrogent car depuis la première phase opérationnelle russe, les ukrainiens ont dispersé et surtout camouflé leurs logistiques et principalement celles provenant de l’OTAN qui est acheminé chaque nuit de Pologne et Roumanie par des milliers de véhicules civils vers des dépôts camouflés dans des usines, des entrepôts, des supermarchés etc… Ces destructions révèlent, soit une présence au sol d’Unités de Recherche Humaine russes (GRU) soit d’informateurs pro-russes parmi la population… probablement les deux.
Principalement depuis cette dernière semaine d’avril on observe des bombardements systématiques du réseau ferroviaire ukrainien qui est le point faible de la logistique occidentale pour deux raisons majeures : 

  • l’écartement standard des rails ukrainien est toujours celui de l’URSS (1520mm) lequel est plus important (tout comme le gabarit des trains) que celui des rails occidentaux (1435mm). Obligeant à une rupture de charge frontalière fastidieuse des marchandises ferroviaires. 
  • la majorité du réseau ferroviaire ukrainien est électrique et donc dépend de centrales qui sont en ce moment bombardées au même titre que les ponts, dépôts et gares de triages, Quant aux quelques locomotives diesel existantes elles seront bientôt soit également détruites, soit à court de carburant.

Affirmer comme certains que l’Ukraine n’est pas du tout relié à la Pologne atlantiste par voie ferrée est incorrect car il existe en fait 2 lignes qui relient leurs territoires : 

  1. Une ligne soviétique (normes russes qui va de Kharkov à Sławków en Silésie polonaise créée à l’époque pour envoyer le charbon polonais vers l’Est
  2. Un premier tronçon ferroviaire (norme occidentale) réalisé entre Lvov et la ville ferroviaire de Sknyliv sur la frontière polonaise depuis 2020.

Et lorsqu’on observe certains bombardements actuels russes on constate que certains suivent bien le tracé de ces 2 cordons ombilicaux ferroviaires.
Cette intensification des destructions des réseaux logistiques ukrainiens par les forces russes expliquent aussi pourquoi les occidentaux de l’Est tentent de compenser la quasi disparation total du parc aérien ukrainien avec leurs vieux Mig 29 par exemple, mais surtout pourquoi Washington et Londres veulent mettre en place une « saturation du champ de bataille » en moyens antiaériens légers et mobiles qui avec une assistance des satellites et radars volants de l’OTAN pourraient dissuader les raids aériens russes, au moins à l’Ouest du Dniepr. Il reste cependant les missiles russes, notamment par exemple avec les Kalibr et Kinjal, ces missiles de dernière génération dont les hautes vitesses et précisions sont imparables et selon une estimation basse un millier de missiles russes ont déjà utilisés depuis le 24 février 2022.

Situation généraleLors de sa première phase opérationnelle l’Etat Major russe, engagée le 24 février 2022, en donnant priorité à la vitesse a, malgré des succès indéniables, rencontré quelques difficultés (voir article « C’est en forgeant que l’on devient forgeron ») l’obligeant à varianter sa stratégie à partir de la mi-mars dont les principales sont:

  • Sièges urbains immobilisant trop de moyens offensifs et logistiques,
  • Sous-évaluation d’une résistance ukrainienne avec techno-guérilla antichar d’attrition,
  • Saturation antichar du champ de bataille par les aides logistiques de l’OTAN à Kiev, 
  • Problèmes logistiques dus à un archaïsme des moyens et un étirement du front,
  • Insuffisance des unités d’infanterie pour sécuriser les opérations des blindés,
  • Rigidité du commandement et lenteur de coordination dispersées sur 3 Etats Majors…

Afin de garder l’avantage des succès obtenus (destruction de 70% du potentiel stratégique ukrainien, contrôle des régions de Koupiansk et Kherson, libération du Nord et du Sud Donbass…) et s’adapter aux situations nouvelles et changeantes sans devoir puiser dans ses réserves stratégiques, l’Etat Major russe, à engager une deuxième phase opérationnelle avec, comme principaux changements:

  • Retrait du corps de bataille russe du secteur Nord qui était militairement secondaire,
  • Centralisation du commandement et de la coordination sur un seul Etat Major,
  • Concentration des offensives dans le Donbass, le secteur militaro-politique prioritaire, 
  • Renforcement de la logistique et des unités d’infanterie dans les groupes tactiques,
  • Ralentissement des progressions terrestres pour donner priorité à la sécurisation, 
  • Intensification et élargissement des bombardements sur les réseaux logistiques civils,

– Du côté russe, les résultats ont été immédiats: renforcements des acquis stratégiques, poursuite des destructions par les forces aérospatiales, libération de Marioupol et engagements d’actions offensives dans le Donbass, principalement dans le secteur Nord de Kramatorsk, destructions des voies d’approvisionnement principales utilisées pour les aides de l’OTAN etc…
– Du côté ukrainien, malgré quelques succès tactiques très limités dans le temps et l’espace observés du côté de Kharkov et Nikolaïev et des « coups militaro-médatiques » comme les bombardements de Belgorod et Briansk et l’attaque du croiseur « Moskva », on observe un affaiblissement des forces ukrainiennes du aux pertes importantes subis, aux destructions de leur logistique stratégique, à la fatigue d’unités non relevées depuis 2 mois de combats etc…
– Du côté de l’OTAN, les pays occidentaux qui ont politiquement défini la Russie comme un ennemi à abattre quitte à risquer une extension mondiale du conflit, ont décidé de radicaliser eux aussi leurs aides militaires aux forces ukrainiennes, espérant naïvement qu’une saturation technologique du champ de bataille (notamment avec des armes antichars, antiaériennes et anti navires notamment) suffira à rééquilibrer le rapport de forces. 

Lire l’article complet, voir cartes et vidéos

Erwan Castel

Tous les articles, la tribune libre et commentaires sont sous la responsabilité de leurs auteurs. Les Moutons Enragés ne sauraient être tenus responsables de leur orientation.



Source:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.