La porte latérale de la camionnette blanche s’ouvre, un siège motorisé pivote et l’ancienne première dame des Philippines, Imelda Marcos, est descendue jusqu’au sol telle une diva de la politique.

À 92 ans, son aura s’est un peu ternie. Sa coiffure bouffante est moins volumineuse, ses chaussures plates moins ostentatoires et son confortable tailleur-pantalon, quoique très chic, est plus celui d’une arrière-grand-mère que d’une reine de beauté.

Mais Imelda n’a rien perdu de ses dons pour la mise en scène.

Sa rare apparition publique a lieu à l’école élémentaire Mariano Marcos de Batac, la ville de feu son mari le dictateur Ferdinand Marcos, dans le Nord de l’archipel.

Dans la pratique, elle vient voter à l’élection présidentielle. Mais le symbole n’échappe à personne: c’est bien de la transmission de l’affaire familiale dont il s’agit.

L’héritier est son fils âgé de 64 ans, Ferdinand “Bongbong” Marcos Junior, auquel tous les sondages prédisent une large victoire à la présidentielle de lundi, trente-six ans après le renversement de son père par une révolte populaire.

Lorsqu’Imelda arrive, “Bongbong” a quitté le bureau de vote quelques instants plus tôt. Même si nous sommes ici dans le fief des Marcos, la rapide apparition du candidat n’a déclenché que de maigres applaudissements.

Il faut dire que les talents d’acteur de Marcos Junior sont moins développés que ceux de sa mère. Et que son apparence physique est assez banale, si l’on exclut sa chevelure noire à la Beatles. Une ironie quand on sait que les mythiques “Fab Four” s’étaient brouillés avec Imelda lors d’une tournée dans le pays et avaient juré de ne plus jamais remettre les pieds aux Philippines.

– Cour pléthorique –

Refusant de prendre place dans le fauteuil roulant mis à sa disposition, Imelda entre dans l’école guidée par ses proches, tandis qu’une foule de curieux en nage se masse derrière les grilles, dans une chaleur étouffante.

Avec l’aide de sa fille Irene et de son petit-fils Sandro, elle inspecte méticuleusement un bulletin de vote d’une taille gigantesque et d’une complexité diabolique (les Philippins votent non seulement pour élire leur président, mais aussi leur vice-président, leurs députés, une partie de leurs sénateurs et une myriade de responsables locaux).

Elle fait ensuite signe à un assistant, qui fait signe à un autre assistant, qui fait signe à un troisième assistant qui lui fournit un paquet de mouchoirs en papier pour tamponner son front.

La cour itinérante d’Imelda Marcos est certes moins pléthorique que lorsque son mari était au pouvoir, mais elle reste plus impressionnante que celles de bien des patrons de multinationales.

Malgré les efforts déployés depuis des décennies aux Philippines pour récupérer une partie des milliards “mal acquis” des Marcos, des signes évidents de cette fabuleuse fortune subsistent: une broche Chanel, un épais bracelet de perles et un régiment de gardes du corps, d’assistants et de journalistes qui la suivent à la trace.

L’endroit le plus dangereux sur Terre se trouve peut-être entre Imelda Marcos et une caméra: tout spectateur s’y retrouvant par mégarde est rapidement bouté hors du champ.

Dans le couloir, un vieillard pousse un cri de surprise en voyant Imelda. Il doit avoir à peu près le même âge, mais les années ont été moins clémentes pour lui: il est maigre et n’a plus de dents, son T-shirt usé est trempé de sueur et ses tongs partent en lambeaux.

Le Covid-19 a durement frappé les Philippines, fait de nombreux morts, encore plus de chômeurs, tout en réduisant à néant les maigres économies d’une grande partie de la population.

Imelda aussi a souffert de la pandémie, affirme Sandro, un des derniers rejetons du clan Marcos. “C’est un animal très social”, dit-il à l’AFP, laissant entendre que le virus a fait des fêtes somptueuses une chose du passé.

Sandro, 28 ans, est un jeune homme à la coupe nette, au look K-Pop, et qui s’exprime aussi bien que n’importe qui ayant fait des études à la London School of Economics. Il est, après Bongbong, le prochain grand espoir de la dynastie Marcos.

Il est également candidat aux élections cette année, et brigue un siège au Congrès local.

A Batac, personne ne serait surpris, dans cinquante ans, de le voir arriver à l’école pour voter pour le dernier membre de la tribu Marcos cherchant à emménager dans le palais présidentiel de Malacanang.





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