Drôle de campagne. Celle des législatives comme celle de la présidentielle, qui n’a en fait rien clarifié. Un Président réélu, mais on ne sait trop sur quel programme : contre l’extrême droite pendant quinze jours, contre Mélenchon pour le mois qui vient. Et surtout un Président d’emblée impopulaire et toujours sans Premier ministre pour mener la bataille des législatives. Emmanuel Macron semble vouloir étirer le temps, prolonger la décantation. Le Monde, rendant compte de son investiture, souligne le non-événement et l’étrangeté de ce « nouveau » Président « peu pressé d’entrer de plain-pied dans son nouveau mandat ». Un Président en apesanteur, que la guerre en Ukraine ne semble plus obnubiler, alors qu’on se rapproche de moments décisifs, un Président qui repousse après les législatives le discours de vérité sur l’état du pays, comme s’il ne fallait pas brusquer davantage des Français déboussolés.

Quant à l’opposition, le constat est identique du côté de Marine Le Pen. À tel point que l’on en vient, jusque sur Boulevard Voltaire, à vous demander qui est le leader de l’opposition, Le Pen ou Mélenchon ? À tel point, aussi, que sur les plateaux télévisés, comme sur CNews samedi, on réunit les éditorialistes autour du thème : « Où est passée Marine Le Pen ? » Et des journalistes, qui étaient loin de lui être hostiles, sont bien obligés de poser les questions qui fâchent, comme Alexandre Devecchio, qui s’est étonné de son comportement de « boutiquière » en dénonçant son inaction depuis quinze jours, par contraste avec la dynamique lancée par Mélenchon.

Ce samedi, en effet, le contraste était fort entre le lancement de la campagne de la gauche réunie, à Aubervilliers, et la situation à droite. Certes, on sait que la gauche avait toujours eu une grosse longueur d’avance sur les réconciliations, les arrangements d’appareils, le réalisme politique, mais que la droite en soit là où elle en est, cela dépasse l’entendement. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, porté par sa dynamique, a exploité cette différence entre sa volonté de devenir Premier ministre et la déclaration de Jordan Bardella précisant que Marine Le Pen ne voulait pas l’être.

Du côté d’Éric Zemmour, ce samedi, l’heure était aussi au lancement de la campagne, avec rassemblement des 550 candidats de son nouveau parti. Discours de Marion Maréchal, qui s’est projetée dans une conquête du pouvoir à moyen terme. Discours d’Éric Zemmour, aussi, revenant sur la signification de son score décevant du premier tour :

Un premier sondage réalisé cette semaine par Cluster 17 après l’officialisation de l’accord à gauche montrait une vraie dynamique électorale pour la NUPES, la coalition portée par Mélenchon : 34 % (+9), nettement devant la majorité sortante de Macron (24,5 %) et le RN à 19,5 %. C’est la première surprise de cette campagne qui devait s’acheminer vers la simple ratification de l’élection présidentielle. Mélenchon a eu l’intuition qu’il y avait une carte à jouer face à ce Président réélu par défaut et sans élan. Les Français veulent une cohabitation : il répond à la demande, lui.

Il y a quelques mois, quand la gauche de Mélenchon était donnée à un plafond de 9 %, j’avais indiqué dans ces colonnes les raisons qui contredisaient une telle photo. Cette fois, la percée Mélenchon est bien réelle, avec une dynamique d’union, un civisme supérieur à celui de l’électorat de droite, une opposition de droite divisée et en apesanteur et, surtout, un désir de revanche sur un second tour qui lui a échappé de peu le 24 avril.

Une chose est sûre : ce mois de mai 2022 est un mai Mélenchon.





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