Avec la disparition de Gabriel Garran, vendredi 6 mai, le monde du théâtre est orphelin. Fondateur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, premier théâtre permanent de la banlieue rouge, en Seine-Saint-Denis, il était l’un des plus grands serviteurs du théâtre français. 

 «La disparition de Gabriel Garran laisse orphelins tous ceux qui se sont autoproclamés les “enfants d’Aubervilliers’ ainsi que plusieurs générations d’artistes qui ont pu trouver auprès de celui qui se nommait lui-même un “archangelet” une filiation artistique et populaire profonde », ont salué ses proches dans un communiqué. 

La découverte du théâtre à la libération

Né à Paris le 3 mai 1927, Gabriel Garran, de son vrai nom Gabriel Gersztenkorn, est le fils d’une famille de Juifs polonais, chose qu’il ignore et qui lui est rappelée lorsqu’il se fait insulter dans la rue et chasser de sa classe du lycée Turgot. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il doit se cacher au sein d’une famille d’antifascistes italiens pour échapper à la Gestapo et aux rafles nazies, avant de se réfugier en zone libre. Son père, déporté à Auschwitz, n’en reviendra pas.

À la Libération, le jeune Gabriel Garran, commence à gagner sa vie, comme animateur et découvre le théâtre. Il collabore à différentes troupes de théâtre amateur avant de fonder le groupe “Romain Rolland” en 1951, puis en 1954, le groupe  “14 juillet”. C’est à cette époque qu’il écrit sa première pièce, La Couleur du pain, restée inédite. Il fait la connaissance de la comédienne et professeur d’art dramatique Tania Balachova qui l’invite à faire des lectures-spectacles au Vieux Colombier.

Une aventure… Le Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

À la fin des années 50, Gabriel Garran fonde une nouvelle troupe le “Théâtre contemporain” qui est en résidence au théâtre du Tertre. C’est à cette époque qu’il souhaite aller à la rencontre de nouveaux publics, plus populaires en banlieue parisienne. Il mûrit un projet d’implantation d’un théâtre populaire qu’il adresse à trente municipalités. Au début des années 60, les municipalités communistes veulent investir dans les équipements culturels. En 1960, il rencontre Jack Ralite, adjoint à la culture au conseil municipal de la mairie d’Aubervilliers. Une rencontre décisive, puisque Jack Ralite, également responsable des pages culturelles à l’Humanité-Dimanche, proche de Jean Vilar et fidèle des Rencontres culturelles d’Avignon, est reconnu de tous pour sa vision de la culture.

Gabriel Garran s’installe dans la commune, crée une école d’art dramatique et un festival dont la première édition a lieu au Gymnase Guy Môquet d’Aubervilliers. L’année suivante, La Tragédie optimiste de Wsewolod Vichnievski est jouée pour trois représentations. Mais il manque un théâtre à la ville qui n’a pas de lieu adapté pour cet art. En décembre 1964, la ville fait construire un théâtre neuf de 640 places qui abrite la troupe de Gabriel Garran, qui devient le directeur du théâtre, fonction qu’il occupe jusqu’en 1984. C’est sous sa direction que le théâtre devient, en 1971, un centre dramatique national. 

Si Gabriel Garran a toujours eu le soutien de Jack Ralite, la direction du parti communiste s’est parfois opposée au “théâtre d’agitation propagande” que Garran défendait en programmant des auteurs aux thèses révolutionnaires. Pour les communistes comme Roland Leroy, c’est la tradition humaniste du théâtre populaire défendue par Jean Vilar qui doit être privilégiée, et non pas un théâtre révolutionnaire. Dans son livre La Culture au présent, Roland Leroy appelle à séparer lutte politique et activité artistique, car la confusion des deux pourrait “mutiler les arts et appauvrir la politique“. 

À Aubervilliers, Gabriel Garran privilégie les auteurs contemporains de toute nationalité comme Max Frisch, Peter Weiss, Eugene O’Neill, Pavel Kohout.

En 1985, il fonde le Théâtre international de langue française (TILF) pour promouvoir les auteurs de langue française à travers le monde et faire découvrir au public des écritures contemporaines en cherchant à abolir la frontière entre auteur « français » et auteur « francophone ». Sans résidence, les projets sont itinérants, accueillis tantôt par le Théâtre national de Chaillot, le Centre Georges Pompidou, le Théâtre de la Tempête, tantôt parcourant les festivals nationaux ou internationaux.

Il remplit cette mission jusqu’en 2005, date à laquelle il se retire pour consacrer la dernière partie de sa vie à l’écriture. Il est l’auteur d’un roman autobiographique, Géographie française (Flammarion), et de deux pièces de théâtre, La couleur du pain et Le rire du fou.





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