par Francis Goumain.

Avions et hélicoptères : 286 dont 162 avions et 124 hélicoptères

Attention, pour le nombre d’avions, cela correspond à la dotation d’appareils en état de marche au début de la guerre. En clair, les Ukrainiens n’ont plus d’avion. Si donc ce chiffre bouge encore, c’est soit qu’ils ont réussi à reconstituer quelques unités en cannibalisant divers appareils hors-service, opération difficile dans la mesure où les Russes ont également détruit les stocks de pièces de rechange et les ateliers de réparation, soit qu’il s’agit d’appareils en provenance d’autres pays du Pacte de Varsovie.

Mais en tout état de cause, si ce chiffre évolue encore significativement dans les prochains jours, c’est qu’en effet, il y a un élément de propagande gonflé.

Véhicules aériens sans pilote : 790

Chiffre énorme qui montre l’efficacité de la DCA rapprochée, essentiellement le système Pantsir.

On ne sait pas de combien de drones les Ukrainiens disposent, mais dans la mesure où ces drones servent surtout au réglage du tir de l’artillerie, et vue l’état résiduel de leur artillerie, ils ne devraient plus servir à grand-chose. On sait par contre que ce poste de matériel est réalimenté par les USA, mais on peut faire l’hypothèse que le matériel livré est en réalité prévu pour la défense sur le Dniepr et non pour la défense du Donbass.

Installation de systèmes de lance-roquettes multiples : 347 sur 535 initialement disponibles

Pour une raison mystérieuse, il semble plus difficile de détruire les LRM que les canons et mortiers, voir plus bas.

Systèmes de missiles anti-aériens : 299

La dotation initiale de ce poste de matériel n’est pas donnée, mais on sait que la Slovaquie a fourni une batterie de S-300 pour alimenter la bataille, batterie d’ailleurs détruite, les Slovaques avaient livré le matériel pour faire plaisir à l’UE et à l’OTAN, mais en l’annonçant si ostensiblement, en faisant même des vidéos de chargement sur le train, que cela revenait à prévenir dûment les Russes et à leur désigner quasiment l’objectif, ainsi, aucun appareil russe n’a pu être touché par ce système et les Russes n’ont pas de raison d’en vouloir à la Slovaquie.

Chars de combat et autres engins blindés : 2967

Honnêtement, on ne comprend pas ce chiffre, l’Ukraine avait donc plus de blindés que tous les pays de l’OTAN hors USA et Turquie ? Toujours est-il que les Ukrainiens sont incapables de lancer la moindre contre-offensive blindée sur le modèle de ce qu’avaient fait les Allemands dans les Ardennes.

Canons et mortiers : 1423 sur 1509 disponibles

Chiffre très intéressant dans la mesure où on pourra le vérifier par les faits : les sites d’informations russes annoncent tous les jours des tirs d’artillerie sur la population civile des deux républiques, de  fait, il ne devrait bientôt plus y en avoir.

L’autre point très important, c’est que désormais, l’artillerie russe peut maintenant impunément s’approcher des lignes ukrainiennes, ça ne va évidemment pas arranger les affaires de son infanterie qui ne pourra plus tenir ses positions.

Véhicules militaires spéciaux : 2778

On arrive donc à un total de 8890 engins militaires détruits depuis le début de l’opération, soit 120 par jour, c’est tout à fait dans les cordes de la puissance de feu et de collecte de renseignements des Russes :

missiles de croisière Onyx et balistique Iskander, Kalibr, LRM TOS 1 (la nappe de feu), appui-feu aérien des avions SU24, SU25, SU34 et des hélicoptères KA52 Alligator + les missiles plus sérieux envoyés depuis les MIG et enfin et surtout, la puissance de feu phénoménale et proverbiale de l’artillerie russe, c’est cette dernière qui est de loin la première source de pertes en hommes et en matériel pour les Ukrainiens, les bons vieux 2S35 Koalitsia-SV font des ravages.

On ne sait pas en revanche si les Russes ont employé ou non leur fameuse bombe FAB-300, on peut penser que non, cela aurait fait du bruit dans tous les sens du terme.

Pour confirmation de la cohérence de ces chiffres, voici la copie d’écran qu’on pouvait faire le 23 mars 2022, on arrivait alors à 4311 engins détruits, la moitié approximativement de ce qu’on a aujourd’hui et l’opération avait alors 1 mois.

Naturellement, il conviendrait d’ajouter à ces chiffres les dépôts de munitions et d’essence, les stocks de pièces de rechange et les ateliers de réparation, les usines, les casernes, les radars et les aérodromes, les transformateurs des lignes ferroviaires, quelques points, des centres de commandements, des points de contrôle, des concentrations de troupes.

Au vu du nombre de cibles, on peut penser que l’armée ukrainienne compte 450 morts par jour, elle a dû dépasser les 30 000 morts, il y a sans doute le double de blessés, 2500 prisonniers et des désertions (environ 10% de l’effectif).

Voici les conclusions qui semblent émerger :

1- Les Russes ne cherchent pas du tout une guerre de mouvement avec enveloppement, ils n’ont pas engagé les effectifs suffisants pour le faire, ne pas perdre de vue qu’ils sont en guerre contre l’OTAN et pas contre l’Ukraine, ils ne peuvent donc pas tout engager dans cette bataille. La remarque vaut aussi pour l’emploi des missiles, elle doit prendre le temps de reconstituer ses stocks au fur et à mesure et non pas se démunir en envoyant tout d’un coup. Noter que nous sommes dans un cas assez rare où l’attaquant (les Russes) sont en infériorité numérique sur les défenseurs, c’était aussi le cas des Français à Kolwezi : c’est dire qu’ils sont parfaitement sûrs de leur supériorité sur les autres plans.

2- L’objectif des Russes n’est de toute façon pas la reddition de l’armée ennemie, mais sa destruction complète : c’est l’objectif annoncé de démilitarisation de l’Ukraine. À ce sujet, une remarque sur les ponts s’impose :

seuls ceux situés les plus à l’ouest sont visés, c’est par eux que transite l’aide de l’OTAN, en revanche, les Russes n’ont volontairement pas touché aux ponts sur le Dniepr : ils laissent volontairement les renforts ukrainiens partir à l’est, ils estiment en effet que c’est beaucoup plus facile de les écraser là que d’aller les chercher ensuite dans les Carpates.

3- On peut quand même trouver que l’opération traîne en longueur, les Russes font sans doute durer les choses exprès, on voit bien que les Alliés de l’OTAN sont travaillés par d’énormes tensions au sujet des sanctions, ainsi par exemple, l’Allemagne pouvait faire mine de soutenir un embargo sur les achats de gaz et de pétrole en pensant que la guerre serait courte et que les sanctions deviendraient sans objet, mais maintenant, elle se retrouve au pied du mur. Il existe un précédent historique : l’une des trois raisons de Hitler pour entrer dans la guerre d’Espagne, c’était de provoquer des tensions, notamment en France, cela a d’ailleurs marché et il s’en est fallu de peu que la France n’importe la guerre civile chez elle entre communistes et catholiques, Blum en avait bien conscience, et c’est pour cela que la France n’a pas officiellement soutenu les « républicains ».

4- Petit point de méthode pour finir : la vérité n’est pas une moyenne, elle n’est pas une moyenne entre une éventuelle propagande russe et la propagande de l’OTAN exemple :

La Russie a ou n’a pas de missile hypersonique, ce n’est pas entre les deux, et elle les a (Avantgarde, Kinjal, Zyrcon + le Sarmat).

Les Américains avaient ou n’avaient pas de laboratoire de guerre bactériologique en Ukraine, là non plus, ce n’est pas entre les deux et la réponse, c’est oui, ils en avaient.

Les Ukrainiens utilisent-ils ou non des boucliers humains : oui, évidemment, de fait, dans toutes les grandes villes.

Il y a ou il n’y a pas d’officiers OTAN à Azovstal : on ne va pas tarder à le savoir.

Dans l’autre sens :

Le croiseur Moskva a-t-il été coulé par l’ennemi ou a-t-il subi un incendie accidentel dans la soute : réponse, la probabilité qu’un navire subisse une telle avarie justement pendant la bataille n’est pas crédible du tout, par exemple, les Anglais avaient essayé de faire croire que le Hood n’avait pas été coulé par le Bismarck mais qu’il y avait eu un incendie dans la soute, c’est évidemment loufoque. Les Russes ont d’ailleurs été plus raisonnables, en deux jours, ils ont reconnu la destruction de leur croiseur, le seul doute qui subsiste, c’est de savoir dans quelle mesure l’OTAN y a contribué.

Les Ukrainiens étaient-ils en position d’attaque imminente, réponse catégorique : non ! On voit bien tous les jours à quel point les Ukrainiens sont placés en défenses échelonnées et particulièrement fortifiées, or, un tel dispositif de placement est rigoureusement contradictoire (c’est-à-dire exclusif) d’une position d’attaque. Par contre, on peut dire qu’ils étaient en position de défense hostile, pas trop pour que cela ne passe pas pour une agression, mais assez pour forcer l’ennemi à venir se drosser sur ses défenses, c’est typiquement la manière anglo-saxonne de faire la guerre : Agression (provoquée), Siège (phase défensive très corrosive pour l’adversaire), Riposte (en fait, agression anglaise prévue dès le départ, et sans laquelle la défense n’aurait d’ailleurs eu aucun sens), et Victoire.

À noter que les Russes ne disent pas du tout que c’est une guerre facile à base de bouton lance-missiles, au contraire, chaque jour ils annoncent des actes d’héroïsme de la part de leurs soldats, cela veut donc dire qu’il y a des combats rapprochés.

La seule méthode critique repose sur une culture historique et militaire et l’observation des événements.

Cela dit, les Russes vont gagner et pas seulement contre l’Ukraine.

(Rappel : la neutralité – souvent : pseudo-neutralité trompeuse qui plus est – n’est ni nécessaire ni suffisante pour arriver à la vérité, on s’en passe très bien).



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