Construire des pistes cyclables ou des autoroutes ? Des logements sociaux ou des centres commerciaux ? Des éoliennes ou des bassines d’irrigation ? Pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et ralentir le bétonnage des terres, il va falloir choisir, nous explique l’étude du cabinet B&L Évolution commandée par l’association Terres de luttes et publiée le 11 mai.

Le cabinet a sorti sa calculatrice pour estimer le nombre d’hectares qu’on pourrait encore bétonner et le carbone qu’il nous resterait à émettre si la France veut respecter ses engagements de réduction d’artificialisation des sols (stratégie zéro artificialisation nette à l’horizon 2050) et de neutralité carbone à l’horizon 2050 (stratégie nationale bas carbone). Soit un « budget » de 164 300 hectares à bétonner entre 2021 et 2030 et de 310 millions de tonnes de CO₂ à émettre d’ici 2030.

Or, les diverses infrastructures en cours ne permettront pas de respecter ces quotas, assure B&L Évolution. Le cabinet a notamment étudié 65 projets parmi les 490 inscrits dans notre carte des luttes. Il a compté le nombre d’hectares artificialisés ainsi que les émissions de gaz à effet de serre.

Artificialisations massives

Au total, les futures bassines d’irrigation, qui se multiplient partout en France, artificialiseraient 7 300 hectares et émettraient 6 300 tonnes de CO₂. Le développement des fermes-usines supposerait 160 000 de tonnes de CO₂ émises en plus chaque année. Les quatre projets d’agrandissement d’aéroports analysés dans l’étude seraient responsables d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 70 millions de tonnes de C02 d’ici 2050. Enfin, la réalisation de l’ensemble des 32 projets routiers consommerait 17 000 hectares de terres.

D’autres stratégies permettant la décarbonation de l’économie vont également tailler dans ce budget carbone comme le plan vélo, qui nécessite la création de 100 000 kilomètres de pistes cyclables, la construction de nouvelles unités d’énergies renouvelables, la construction de 250 000 logements sociaux ou encore la rénovation de 500 000 logements par an. Tout cela coûterait plus de 45 000 hectares et engendrerait 265 millions de tonnes de CO₂ sur les 10 prochaines années.

« Nous bâtissons les conditions de notre échec »

« Nous bâtissons mois après mois, année après année, les conditions de notre échec à atteindre les objectifs fixés en termes de baisse des émissions et de zéro artificialisation nette », a déclaré Charles Adrien Louis, directeur général de B&L Évolution. Pour limiter la casse, il conseille d’arrêter immédiatement l’ensemble des projets polluants contre lesquels se battent de nombreux collectifs citoyens, et qui sont incompatibles avec les objectifs que la France s’est elle-même donnés. Ce qui permettrait de laisser la place aux infrastructures qui vont certes bétonner, mais qui sont jugées nécessaires pour la transition écologique. Et mettre en place des outils d’observation et d’analyse pour savoir si ces politiques nationales sont correctement appliquées.

« Lorsqu’on écoute le discours du gouvernement, on a l’impression qu’on va réussir à atteindre les objectifs. Et ceci malgré sa condamnation dans l’affaire du Siècle ou le dernier rapport de l’autorité environnementale », dit Chloé Gerbier de Terres de luttes. Présenté le 5 mai dernier, ce rapport dresse un constat alarmant avec toujours plus de terres agricoles consommées et d’espèces protégés détruites. « Tous ces projets, souvent anciens, doivent être interrogés. Il serait bénéfique de les arrêter, quel que soit le moment », conclut Charles Adrien Louis.

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