Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’hémisphère occidental se range désormais du côté des éléments néo-nazis contre la Russie. Cette année, le défilé du jour de la Victoire à Moscou, en commémoration de la défaite de l’Allemagne nazie en 1945, est un événement doux-amer.

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© REUTERS/EVGENIA NOVOZHENINA

En effet, le peuple russe se trouve une fois de plus, à sa grande surprise, dans une lutte existentielle contre le fascisme. Pourtant, cette fois-ci, les gouvernements occidentaux ne se contentent pas d’ignorer le problème qui se pose à la frontière de la Russie, ils le cautionnent activement.

Une histoire vraie : À la fin des années 1970, à l’école primaire Nativity of Our Lord de Pittsburgh, en Pennsylvanie, plusieurs élèves et moi-même avions été appelés au tableau pour résoudre un problème de mathématiques. Ayant dûment terminé ma tâche, j’ai pris un moment supplémentaire pour gribouiller quelque chose à côté de ma réponse avant de retourner à mon bureau.

Tout à coup, notre professeur, une religieuse pragmatique du nom de Sœur Dolorosa, a demandé d’une voix frémissante d’indignation : « Qui… a… fait… ÇA ? ». Ma seule pensée était que l’un de nous allait avoir des gros problèmes. Il s’est avéré que j’avais raison et que cet « un de nous », c’était moi. La religieuse en rage s’était levée de son bureau, et se tenait à côté de mon problème de maths, frappant une règle en bois contre le tableau où j’avais griffonné une image, qui se trouvait être une croix gammée. Ce n’est pas quelque chose que l’on trouve normalement dans la décoration d’une classe catholique. J’ai lentement levé la main en attendant que l’ire bien connue de Dieu, ou la redoutable règle de la nonne, s’abatte sur moi.

Avant que le lecteur ne porte un jugement sur mon acte insensé, il est important de noter que je n’avais découvert cet ancien symbole – aujourd’hui identifié à l’Allemagne nazie et à ses atrocités – que le matin de ce jour-là. Lors d’un passage à la bibliothèque de l’école, j’étais tombé sur un livre sur la Seconde Guerre mondiale, et j’avais vu pour la première fois une image de la redoutable croix gammée. Inutile de dire que je n’avais aucune idée des horreurs qu’elle représentait, et que j’étais stupéfait qu’une simple croix biscornue puisse susciter autant d’émotion.

Aujourd’hui, plusieurs décennies après que mon professeur ait piqué une colère noire à cause d’un symbole politique griffonné par un enfant ignorant, le monde est devenu un endroit radicalement différent, et pas en mieux. Est-ce que c’est parce que nous avons oublié les cruelles leçons de l’histoire ou parce que la russophobie aveugle est si profondément ancrée dans les esprits, difficile à dire. Quoi qu’il en soit, l’hémisphère occidental est maintenant, aussi incroyable que cela puisse paraître, du côté des éléments néo-nazis contre la Russie. La croix gammée, semble-t-il, n’inspire plus l’effroi dans le cœur de ses citoyens.

Beaucoup de gens seront tentés de se moquer de ces affirmations, et de les rejeter comme de la « désinformation du Kremlin », ou autre. Ces mêmes personnes n’ont probablement jamais entendu parler du personnage historique Stepan Bandera, le collaborateur nazi de la Seconde Guerre mondiale, en l’honneur duquel des dizaines de statues ont été érigées sur les places des villes d’Ukraine [et des rues rebaptisées à son nom, lien en français, NdT]. Elles n’ont pas non plus eu l’occasion, grâce aux partis pris anti-russes bien connus des médias occidentaux, de voir l’attirail néo-nazi et les nombreux tatouages documentés par les troupes russes dans leur marche épuisante à travers l’Ukraine, dans l’espoir d’un futur tribunal militaire.

Pendant ce temps, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a mis en avant son ascendance juive pour tenter de contrer la Russie, qui affirme vouloir « dénazifier » son pays. Comment un président d’origine juive pourrait-il s’aligner sur les forces idéologiques responsables de l’Holocauste ? Il serait toutefois erroné de se fier à ses affirmations. Le fait est que Zelensky s’est montré absolument impuissant face aux forces d’extrême droite ukrainiennes. Il suffit de se reporter à 2019, lorsque les paramilitaires néonazis se fédéraient autour d’une campagne de rejet de toute capitulation, qui appelait au refus de tout accord de paix avec les citoyens pro-russes du Donbass tel que formulé dans le protocole de Minsk. Le fait que Zelensky ait finalement été contraint de céder à leurs exigences explique tout ce que nous avons à savoir sur le conflit actuel.

Les journalistes Alexander Rubinstein et Max Blumenthal ont récemment décrit l’ampleur de la pénétration de l’idéologie néonazie dans la société ukrainienne, et ce, indépendamment de l’origine ethnique de Zelensky.

« Azov avait été officiellement incorporé dans l’armée ukrainienne et sa milice d’autodéfense urbaine, connue sous le nom de Corps national, était déployée dans tout le pays sous la surveillance du ministère de l’Intérieur ukrainien, aux côtés de la police nationale », écrivent les auteurs dans The Grayzone. « En décembre 2021, on a vu Zelensky remettre le prix du ‘Héros de l’Ukraine’ à un dirigeant du Secteur droit fasciste lors d’une cérémonie au parlement ukrainien. »

En effet, bien avant que Moscou ne se sente obligé de prendre des mesures en Ukraine face à ces menaces d’extrême droite, qui, soit dit en passant, bénéficient du seul soutien des États de l’OTAN et de leurs armes, les journalistes occidentaux discutaient publiquement de la montée des tendances fascistes dans le pays.

En mars 2018 déjà, le journaliste de Reuters Josh Cohen rapportait que même si « de nombreux Ukrainiens continuent de considérer les milices [d’extrême droite] avec gratitude et admiration, les plus extrêmes de ces groupes promeuvent une idéologie intolérante et illibérale qui mettra l’Ukraine en danger à long terme. »

Cohen cite ensuite Matthew Schaaf, directeur du projet Ukraine du think tank Freedom House, qui a révélé que « de nombreux groupes organisés de droite radicale existent en Ukraine, et alors que les bataillons de volontaires ont été officiellement intégrés dans les structures de l’État, certains d’entre eux ont depuis lors créé des structures politiques et des ONG pour mettre en œuvre leur vision. »

Ce que représente cette « vision » explique en grande partie les troubles qui embrasent l’Ukraine aujourd’hui.

Combien de progressistes de l’hémisphère occidental savent, par exemple, que Kiev a donné la permission au groupe extrémiste C14 (le nom fait référence à un serment de 14 mots populaire parmi les suprémacistes blancs) d’établir des patrouilles dans les rues de la capitale ? En 2018, trois forces de ce type chapeautées par des milices ont été enregistrées à Kiev, la capitale ukrainienne, et près de deux douzaines dans d’autres villes. Pourtant, aujourd’hui, les médias occidentaux prétendent que rien de tout cela n’existe, et que toute discussion sur le néonazisme en Ukraine est de la « désinformation. »

Les efforts manifestes de l’Occident pour blanchir soudainement le pouvoir et l’influence de l’extrême droite en Ukraine trahissent plus que tout sa russophobie enracinée. Pourtant, s’ils étaient confrontés à une menace néonazie à leurs frontières, il est peu probable que les États membres de l’OTAN – et notamment l’Allemagne, où le simple fait d’arborer un symbole nazi peut conduire une personne en prison – maintiendraient leur neutralité actuelle.

Tout comme la réaction indignée de cette enseignante catholique, il y a de nombreuses années, lorsqu’elle a été confrontée à la vue d’une croix gammée dans sa classe, les gens doivent à nouveau comprendre le danger inhérent à une telle idéologie – même si cela implique de parvenir à une compréhension de la Russie et à une coexistence pacifique avec elle. Mais il faut d’abord que le monde occidental cesse d’attendre de Moscou qu’elle accepte de vivre à côté d’une menace existentielle – une idéologie détestable dont l’agressivité a été amplement prouvée – qu’aucun autre pays au monde ne tolérerait longtemps.

Il est temps de se rappeler que les nazis sont les méchants.

Traduction Corinne Autey-Roussel

Note de la traduction :

Selon le journal Jewish News, Le Parlement ukrainien a déclaré le 1er janvier journée nationale de commémoration de Stepan Bandera, collaborateur nazi de l’Ukraine. Article de 2018.

Ceux qui vous disent qu’il n’y a « pas de nazisme dans l’Ukraine actuelle » sont soit des ignares, soit des menteurs.

Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre Exactly When Did the Nazis Stop Being ‘The Baddies’?



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