Par Germán Gorraiz López, analyste politique via Observateur-Continental

Par chaos, nous entendons quelque chose d’imprévisible et qui échappe à la vision myope que nos yeux ne peuvent qu’esquisser face à des événements au-delà des paramètres connus. Notre esprit n’est, en effet, capable de séquencer que des fragments de la séquence totale de l’immense génome du chaos.

Inévitablement, on a recourt au terme «effet papillon» pour tenter d’expliquer la conjonction vertigineuse des forces centripètes et centrifuges qui finira par configurer le puzzle disjoint du chaos ordonné qui se dessine.

L’ «effet papillon» susmentionné transféré aux systèmes complexes aurait pour effet collatéral l’impossibilité de détecter à l’avance un futur proche puisque les modèles quantiques qu’ils utilisent ne seraient que des simulations basées sur des modèles antérieurs, avec lesquels l’inclusion d’une seule variable incorrecte ou l’apparition soudaine d’une variable imprévue fait que la marge d’erreur de ces modèles s’amplifie dans chaque unité de temps simulée jusqu’à dépasser même la limite stratosphérique de cent pour cent. Le Brexit serait un paradigme tout comme le déclenchement de la pandémie de la Covid-19, l’invasion russe de l’Ukraine et le prochain krach boursier.

Le nouvel ordre multipolaire. Le biologiste français Jacques Monod dans son essai Le hasard et nécessité (1970) explique que les variables du logos et le hasard de l’évolution humaine seraient des aspects complémentaires de la nécessaire adaptation évolutive des êtres vivants face à des changements drastiques pour assurer leur succès reproducteur (survie) avec lequel on assisterait à l’émergence d’un «scénario téléonomique» par opposition au «scénario téléologique» en vigueur dans les sociétés occidentales.

Le Brexit et le triomphe de Donald Trump marqueront, donc, la fin du «scénario téléologique» dans lequel la finalité des processus créatifs était planifiée par des modèles finis qui pouvaient intermodéliser ou simuler divers futurs alternatifs et dans lequel prévalaient intention, finalité et créativité. Son remplacement par le «scénario téléonomique», marqué par des doses extrêmes de volatilité, affectera particulièrement des systèmes complexes tels que le changement climatique, la détection et la prévention des épidémies, les flux migratoires, la bourse et le nouvel ordre géopolitique mondial.

Ainsi, l’émergence sur la scène mondiale d’une nouvelle pandémie virale n’a pas été perçue par les experts de l’OMS car notre esprit n’est capable de séquencer que des fragments de la séquence totale de l’immense génome du chaos face à des événements qui dépassent les paramètres des connaissances. De même, ils étaient incapables de reconnaître leur ignorance puisque la différence entre un homme sage et un homme ignorant est que le premier est capable de reconnaître que la sagesse vient de la reconnaissance de l’ignorance, incarnée dans la phrase emblématique attribuée à Socrate («Ce que je sais, c’est que je ne sais rien»).

Dans le domaine économique, la croissance stratosphérique des prix du pétrole brut et de l’énergie obligera les pays à adopter des politiques de décroissance avec la contraction subséquente du commerce mondial et qui provoquera le règlement de la mondialisation économique, ayant comme effets collatéraux la fin du tourisme de masse, le retour des entreprises délocalisées et l’intronisation de l’économie circulaire et des produits écolabellisés qui finiront par esquisser le retour des compartiments économiques isolés à l’horizon des cinq prochaines années.

De même, après la guerre en Ukraine, on assistera à la fin de l’unipolarité des Etats-Unis et de son rôle de gendarme du monde et à son remplacement par la nouvelle doctrine de multipolarité ou de géopolitique Peer-to-Peer, formée par la troïka US, Chine et Russie (G3), sans oublier l’irruption sur la scène géopolitique de la nouvelle vague déstabilisatrice mondiale.

Ladite vague involutionniste serait causée par des causes économiques (le déclin de l’économie mondiale); des raisons culturelles (le déclin des démocraties formelles occidentales en raison de la culture de la corruption); des causes politiques comme la perte de crédibilité démocratique d’innombrables gouvernements de pays occidentaux et du tiers monde et par des explications géopolitiques (l’émergence d’un nouveau scénario géopolitique mondial après le retour à l’endémisme récurrent de la guerre froide entre les Etats-Unis et la Russie).

Germán Gorraiz López, analyste politique

Source Observateur-Continental

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