Paru ce mardi 24 mai, le nouveau rapport d’Amnesty International enregistre une hausse de 20% du nombre de mises à mort dans le monde. Au moins 579 personnes ont ainsi été exécutée en 2021, pour la plupart en Chine, en Iran, en Egypte, en Arabie Saoudite ou en Syrie. Au total, la peine de mort reste en vigueur dans 55 pays à travers le globe, dont 18 d’entre eux qui procèdent réellement aux exécutions. Si l’ONG note tout de même une baisse globale des condamnations capitales depuis 2010, elle appelle à la poursuite de la mobilisation en faveur d’une abolition pure et simple de la sentence capitale.

Chaque jour, des États exécutent leurs citoyens et les condamnent à mort pour les punir de crimes divers. En 2021, 579 personnes ont été victimes de la peine de mort à travers le monde. Ce chiffre marque une hausse de 20% des cas d’exécutions selon les statistiques d’Amnesty International.

L’ONG, qui fait campagne pour l’abolition de la peine de mort dans le monde depuis plus de 40 ans, note également une recrudescence de 39% du nombre de condamnations à mort, soit au moins 2 052 nouvelles condamnations prononcées en 2021, contre 1 477 l’année précédente.

– Crédits : Amnesty International

Des chiffres sous-estimés

Malheureusement, ces chiffres sont encore largement sous-estimés, notamment à cause de l’opacité de certains Etats sur leurs pratiques. « Le nombre total d’exécutions et de condamnations à mort que nous indiquons ne comprend donc pas les milliers de personnes qui selon Amnesty International ont été condamnées à la peine capitale et exécutées en Chine », indique le rapport, qui vise également la Corée du Nord ou le Vietnam, trois pays qui classent secret défense le nombre de condamnés exécutés.

Ailleurs, la tendance est plus claire : après une « trêve » liée à la pandémie de covid-19, les exécutions ont repris dans de nombreux états tels que le Bangladesh, l’Inde ou encore le Pakistan, même si « la hausse globale du nombre d’exécutions résulte principalement de l’augmentation qui a été constatée en Iran », détaille le rapport, où de nombreuses personnes ont été condamnées pour des infractions liées au stupéfiants.

Au total, Amnesty note au moins 314 exécutions en 2021 contre 246 en 2020 dans ce seul pays, soit une hausse de 28 % par rapport à l’année dernière.

L’Arabie Saoudite suit cette tendance de près, doublant pratiquement le nombre de ses exécutions (passant de 27 à 65). Singapour n’a quant à elle signalé aucune exécution pour la deuxième année consécutive, « les pendaisons programmées ayant été suspendues en raison de procédures judiciaires en cours et, dans une certaine mesure, des restrictions liées à la pandémie ».

Amnesty International lutte depuis 40 ans pour l’abolition de la peine de mort. – Crédits : Amnesty International

Quand la peine de mort sert l’agenda politique

Si le recours à la peine de mort sert à punir de nombreux crimes selon les Etats, certains d’entre eux s’y emploient parfois pour réprimer les protestations et les minorités. C’est le cas de l’Egypte ou de l’Iran, mais aussi du Myanmar, où une recrudescence alarmante du recours à la peine capitale a été observé sous le régime de la loi martiale, l’association dénonçant « un moyen manifeste d’attaquer l’opposition politique et les protestataires ». Près de 90 personnes ont ainsi été condamnées à mort, souvent en leur absence, depuis l’instauration du nouveau régime.

Alors qu’Amnesty International lutte pour l’abolition pure et simple de la peine de mort, quelques soient les circonstances, elle répertorie et dénonce également certaines exécutions qui violent les normes du droit international.

En 2021, au moins quatre personnes ont ainsi été exécutées en Iran et au Yémen alors qu’elles avaient moins de 18 ans.

La même année, des individus atteints d’un handicap mental étaient toujours sous le coup d’une sentence capitale dans plusieurs pays, notamment au Japon, aux Maldives ou aux Etats-Unis. L’ONG mentionne également des condamnations basées sur des « aveux » susceptibles d’avoir été arrachés au moyen de la torture ou d’autres mauvais traitements en Arabie saoudite, en Égypte, en Iran et au Yémen.

Une tendance mondiale en faveur de l’abolition

« Malgré ces revers, des avancées encourageantes ont eu lieu tout au long de l’année, montrant une persistance de la tendance mondiale à l’abolition de ce châtiment cruel », note Amnesty International, qui évoque un « niveau historiquement bas », puisqu’il s’agit du deuxième total mondial le plus faible enregistré depuis 2010.

Le rapport fait également état de quelques bonnes nouvelles. Le Parlement de la Sierra Leone a par exemple adopté à l’unanimité une loi abolissant la peine de mort pour tous les crimes en juillet dernier, suivi par le Kazakhstan en fin d’année. La Virginie est également devenue le 23e État abolitionniste des États-Unis et le premier dans le sud du pays. Pour la troisième année consécutive, l’Ohio a différé ou suspendu toutes les exécutions qui étaient prévues.

Crédits : Amnesty International

Malgré ces initiatives réjouissantes, l’ONG appelle à la mobilisation : « même si la tendance mondiale reste de toute évidence en faveur de l’abolition, les hausses constatées en 2021 doivent être considérées comme un avertissement : le temps n’est pas encore venu de relâcher la pression ». 18 pays exécutent en effet toujours leurs citoyens aujourd’hui.

 

Une lutte toujours d’actualité

Actuellement, plus des deux tiers des pays du monde ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique. 108 d’entre eux ont supprimé la peine capitale dans leur législation pour tous les crimes et 144 peuvent être désignés d’abolitionnistes en droit ou en pratique.

A la fin de l’année 2021, la peine de mort restait cependant toujours en vigueur dans 55 pays, où au moins 28 670 personnes attendaient leur exécution d’après l’association. Plus de quatre personnes sur cinq étaient détenues dans neuf pays en particulier : l’Irak (8 000), le Pakistan (3 800), le Nigeria (3 036), les États-Unis (2 382), le Bangladesh (1 800), la Malaisie (1 359), le Vietnam  (1 200), l’Algérie (1 000) et le Sri Lanka (1 000).

Crédits : Amnesty International

« Nous devons continuer de dénoncer les violations des droits humains associées à l’utilisation de ce châtiment cruel, ainsi que son iniquité intrinsèque, jusqu’à ce que cessent toutes les exécutions et condamnations à mort. Un monde sans peine de mort est à notre portée, mais le combat doit continuer si nous voulons y parvenir », préviennent les auteurs du rapport.

L.A.

 

Photo de couverture @World Coalition Against the Death Penalty/Flickr

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