L’agence spatiale américaine a annoncé le déblocage de trois contrats de cinq millions de dollars chacun, afin d’avancer sur la conception d’un système d’alimentation nucléaire qui pourrait être envoyé d’ici la fin de la décennie sur le sol lunaire.

Conformément à leur appel d’offres lancé fin 2021 pour la conception d’un système d’alimentation nucléaire destiné au sol lunaire, la NASA et le laboratoire national de l’Idaho (premier centre de recherche nucléaire des Etats-Unis) ont publié le 21 juin un communiqué annonçant le nom des entreprises choisies pour avancer sur le projet.

Ont été retenus les groupes suivants : Lockheed Martin, en association avec la société de recherche Creare ainsi que le spécialiste du nucléaire BWXT ; l’entreprise Westinghouse (également spécialisée dans le nucléaire) en partenariat avec Aerojet Rocketdyne, qui s’attèle à la construction de moteurs-fusées ; et enfin IX, une coentreprise texane d’Intuitive Machines et X-Energy, qui s’associera pour l’occasion aux sociétés Maxar et Boeing, bénéficiant toutes deux d’un solide ancrage dans le spatial.

Les trois projets se voient désormais respectivement attribuer trois contrats de cinq millions de dollars chacun, sur douze mois, afin d’avancer sur la conception d’«un système d’alimentation de surface à fission» qui pourrait être envoyé d’ici la fin de la décennie sur notre satellite naturel. Comme le souligne le communiqué, il s’agit d’aboutir à «un système d’énergie à fission de 40 kilowatts prévu pour durer au moins dix ans dans l’environnement lunaire». Dans l’appel d’offres mis en ligne l’année dernière, il était stipulé que la construction du système en question devait avoir lieu sur Terre, avant qu’il ne soit envoyé sur la Lune.

«Lorsqu’il sera lancé de la Terre vers la Lune, [le système d’alimentation] devra tenir à l’intérieur d’un cylindre de 12 pieds [quatre mètres] de diamètre et de 18 pieds [six mètres] de long. Il ne devrait pas peser plus de 6 000 kilos», précisait ainsi le document.

Vers «une présence humaine à long terme sur d’autres mondes» ? Une compétition se dessine…

«C’est le moteur de notre exploration de la Lune, de Mars et au-delà […]. Le développement de ces premières conceptions nous aidera à jeter les bases pour alimenter notre présence humaine à long terme sur d’autres mondes», a déclaré Jim Reuter, haut responsable de la NASA, en commentaire des perspectives permises par l’énergie nucléaire dans le secteur spatial.

En tout état de cause, l’agence spatiale américaine compte bien sur un tel système d’alimentation pour soutenir l’exploration humaine de la Lune, dans le cadre du programme Artemis sur lequel elle travaille depuis 2017 et qu’elle chapeaute désormais en partenariat avec sept pays

«Pour être honnête, nous ne sommes pas intéressés pour participer à un tel projet», avait pour sa part réagi à l’été 2020 le patron de l’agence spatiale russe Roscosmos, Dmitri Rogozine, qui, en substance, avait dénoncé les perspectives selon lui «trop americano-centrées» des accords Artemis pour que la Russie les intègre. Le haut responsable russe avait alors préféré afficher son enthousiasme pour rejoindre l’initiative chinoise en vue de la construction d’une station scientifique internationale sur la Lune. Les deux pays ont d’ailleurs signé en mars 2021 un mémorandum actant le projet, avant d’inviter leurs partenaires à rejoindre l’aventure

A l’image des travaux menés pour la mise au point d’un système d’alimentation nucléaire qui pourrait être envoyé dans la décennie vers notre satellite naturel, celui-ci connaît ces dernières années un regain d’enthousiasme. Fait notable, son pôle sud s’avère particulièrement attractif car, en plus de l’exposition solaire quasi permanente dont il bénéficie par endroits, il pourrait renfermer un volume de glace d’eau considérable, potentiellement très précieux pour la production d’énergie sur place, tant pour y ravitailler des fusées que pour l’approvisionnement en électricité de futures bases humaines.

Autant de perspectives qui participent à relancer la course internationale vers la Lune, dont l’humanité a foulé le sol pour la première fois en 1969.

Fabien Rives



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